—Satané farceur de Mijonnet!—fit Anatole—Et le Théâtre-Français, qu'est-ce que nous en faisons?
—Le Théâtre-Français, monsieur Anatole? Eh bien! voilà… On avait été gentil pour moi… M. Barnet m'avait fait mon costume… Il m'avait prêté une toge, il m'avait appris à me draper. Il m'avait même fait des sandales, vous savez, avec des lanières rouges… Voilà ces messieurs du théâtre, quand ils m'ont vu, ils ont été enchantés… Ils m'ont mis tout de suite au premier rang des comparses, sur le devant… même que je disais: «Mort à César!…» Tenez! messieurs, je me posais comme ça,—il se drapa dans son paletot,—et je criais…
—Des tortillons!…—cria Anatole avec la voix même de Mijonnet.—Oui, je sais, on m'a dit cela, mon pauvre Mijonnet. Ça vous a fait renvoyer du théâtre.
—Ah! monsieur Anatole, vous êtes toujours le même. Il faut que vous vous moquiez… Vous êtes toujours à taquiner le pauvre monde,—bredouilla doucement et plaintivement le père Mijonnet.—Mais c'est des histoires… J'ai toujours été très-convenable aux Français… Tenez, je criais très-bien, comme ça: «Mort à César!»—Et il s'arracha une note prodigieuse: le cri de Jocrisse dans une conspiration de Brutus!
—Sérieusement, père Mijonnet, votre place était là… Vous aurez eu des jaloux, voyez-vous… Vous étiez né pour la déclamation… Non, vrai, je ne vous fais pas de blague… Je suis sûr qu'y y en a beaucoup d'entre vous, messieurs, qui n'ont jamais entendu M. Mijonnet réciter la Chute des feuilles, de Millevoye… Priez M. Mijonnet.
—Ah! monsieur Anatole, c'est encore une plaisanterie que vous me faites là,—dit sans se fâcher le bonhomme, habitué à cette scie d'Anatole.
—La Chute des feuilles! la Chute des feuilles, Mijonnet!… ou pas de tortillons!—cria l'atelier.
—Vous le voulez, messieurs?
De la dépouille de nos bois,
L'automne avait jonché la terre…