—Tout de même, je veux bien… si ça vous fait plaisir, messieurs,—dit Mijonnet, charmé de l'idée de prendre un bain gratis.
Il se déshabilla et entra dans l'eau. Au bout de quelques minutes, il fut pris dans la baignoire de l'ennui des personnes qui n'ont pas l'habitude du bain. Il se remua, agita les mains, chercha une position, regarda timidement les baignoires à côté, et finit par se hasarder à dire timidement:
—Ça ne vous ferait rien, messieurs, que j'aille dans une autre, n'est ce pas?
—C'est pour vous les huit!—hurla l'atelier à l'ensemble et le sérieux d'un chœur antique.
Cinq minutes après, comme Mijonnet se promenait d'un bain à l'autre, cherchant de l'eau qui ne l'ennuyât pas, Langibout entra brusquement et violemment dans l'atelier, avec un teint d'apoplectique, les moustaches hérissées. Se jetant sur Mijonnet, qui posait pour l'indécision à cheval entre deux baignoires, et l'attrapant par le bras:
—Comment, grand imbécile! un vieillard comme vous!… vous prêter à des farces d'enfant!… Habillez-vous de suite… et si jamais vous remettez les pieds ici…
Mijonnet, tremblant, courut à ses habits et se mit à les passer vivement, sans s'essuyer.
Langibout se promenait à grands pas. L'atelier était silencieux, consterné, écrasé sous la colère muette du maître. Anatole, enfoncé dans le collet de sa redingote, ratatiné, les coudes au corps, le nez sur son esquisse, n'osait pas souffler: il espérait pourtant que tout l'orage tomberait sur Mijonnet.
Mijonnet rhabillé, Langibout le poussa dehors; et, en fermant la porte sur lui, il jeta, sans se retourner, par-dessus son épaule:
—Monsieur Bazoche, faites-moi le plaisir de venir me trouver…