—Qu'est-ce que c'est, ce monsieur-là, hein? qui a l'air d'un vieux fœtus…

—Connais pas… mais pas du tout… Je l'ai vu une fois avec des élèves de Gleyre, une autre fois avec des élèves de Rude… Il dit des choses sur l'art, au dessert, il m'a semblé… Très-collant… Il s'est accroché à nous depuis deux ou trois jours… Il va où nous mangeons… Très-fort pour reconduire, par exemple… Il vous lâche à votre porte à des heures indues… Peut-être qu'il demeure quelque part, je ne sais pas où… Voilà!

Arrivés à la rue d'Enfer, les quatre jeunes gens entrèrent par une petite allée dans une arrière-salle de crêmerie. Dans un coin, un gros gaillard noir et barbu, coiffé d'un grand chapeau gris, mangeait sur une petite table.

—Ah! l'homme aux bouillons…—fit Anatole en l'apercevant.

—Ceci, monsieur,—dit-il à Chassagnol,—vous représente… le dernier des amoureux!… un homme dans la force de l'âge, qui a poussé la timidité, l'intelligence, le dévouement et le manque d'argent jusqu'à fractionner son dîner en un tas de cachets de consommé… ce qui lui permet de considérer une masse de fois dans la journée l'objet de son culte, mademoiselle ici présente…

Et d'un geste, Anatole montra mademoiselle Gourganson qui entrait, apportant des serviettes.

—Ah! tu étais né pour vivre au temps de la chevalerie, toi! Laisse donc, je connais les femmes… j'avance joliment tes affaires, va, farceur!—et il donna un amical renfoncement au jeune homme barbu qui voulut parler, bredouilla, devint pourpre, et sortit.

Le crêmier apparut sur le seuil:

—Monsieur Gourganson! monsieur Gourganson!—cria Anatole,—votre vin le plus extraordinaire… à 12 sous!… et des bifteacks… des vrais!… pour monsieur…—il indiqua Coriolis—qui est le fils naturel de Chevet… Allez!