Son sang se retournait à la pensée qu'elle posait toujours. Il ne l'avait pas surprise, personne ne le lui avait dit. Tous ses amis, autour de lui, gardaient le secret de sa maîtresse. Mais quand il lui disait à elle: «Tu as posé chez un tel?» elle lui disait un «Non», qui lui donnait envie de la tuer,—et qu'il aimait encore mieux qu'un oui.
LVII
Ils dînaient. Il sembla à Coriolis que Manette se pressait de dîner. Aussitôt le dessert servi, elle se leva de table, alla dans sa chambre, revint avec son châle et son chapeau. Coriolis crut voir je ne sais quelle recherche dans sa toilette. Il remarqua que son chapeau était neuf.
Il eut envie de lui demander où elle allait; puis il se dit: «Elle va me le dire».
Manette, à la glace, arrangeait les brides de son chapeau, chiffonnait son nœud de rubans, lissait d'un coup de doigt ses cheveux sur une tempe, faisait ce joli mouvement de corps des femmes qui regardent, en se retournant, si leur châle, dont elles rebroussent la pointe du talon de leurs bottines, tombe bien.
Coriolis la regardait, interrogeait son dos, son châle, et toutes sortes de pensées lui traversaient la cervelle.
Il avait dans la tête comme le bourdonnement de cette idée: «Où va-t-elle?»
Il attendait que Manette eût fini.—Où vas-tu?—il avait sa phrase toute prête sur les lèvres.
Manette donna un petit coup sur un pli de sa robe:—Je sors,—fit-elle simplement.
Coriolis n'eut pas le courage de lui dire un mot. Il l'écouta faire dans l'antichambre le bruit de la femme qui s'en va, parler aux domestiques, tourner une dernière fois, fermer la porte… Elle était partie.