Nous remercions MM. Ramier et d'Aigremont, et tous ceux dont ils sont la voix.
E. ET J. DE G.
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PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION
Aujourd'hui que la reprise d'HENRIETTE MARÉCHAL a réussi, que la pièce est écoutée, est applaudie, applaudie «avec un parti pris d'applaudir», impriment ceux qui eussent désiré qu'elle fût ressifflée, je demande au public la permission de compléter la préface en tête de notre THÉÂTRE par quelques observations, quelques anecdotes, et quelques idées sur l'art théâtral de l'heure présente.
Dans cette préface j'ai dit: HENRIETTE MARÉCHAL est une pièce «ressemblant à toutes les pièces du monde» et les ennemis de la pièce ont fait dire à cet aveu plus qu'il ne disait, déclarant que l’œuvre n'avait pas la plus petite qualité personnelle. Voici seulement ce que j'ai voulu faire entendre, c'est que mon frère et moi, débutant au théâtre, et désireux d'être joués, nous avions essayé de faire une pièce jouable, une pièce cherchée parmi les combinaisons théâtrales ordinaires, trouvant déjà assez brave d'avoir risqué l'acte du bal masqué, un acte qui avait le mérite de la nouveauté, et d'un esprit original, avant que cet esprit fût devenu l'esprit de tout le monde, avant qu'il eût servi, tout un hiver, aux engueulements des bals de l'Opéra de la rue Le Peletier.
Maintenant, venons aux critiques de détails. On me reproche de grosses ficelles; grosses ou petites, est-ce qu'il n'y en a pas chez tous les auteurs, les auteurs les plus habiles, dans cet art conventionnel, où je ne connais pas un dénouement de pièce qui ne soit amené par la surprise d'une conversation derrière un rideau, ou par l'interception d'une lettre, ou par un truc forcé de cette qualité? Et tant qu'à choisir entre les petites et les grosses ficelles, ma foi, je préfère les grosses, les toutes franches: ce sont celles de l'ancien répertoire.
Puis vraiment, n'y aurait-il pas de grosses ficelles dans l'agencement de la vie humaine, de la véritable, de celle que nous vivons? J'avais un cousin qui devint très amoureux d'une jeune fille du monde. Ce cousin avait eu une jeunesse un peu noceuse, était joueur… il fut refusé par les parents de la jeune fille. Mon cousin demeurait le cœur très pris. Il se passait un an, dix-huit mois, au bout desquels il lui arrivait un accident de voiture, dans le voisinage du château de celle qu'il aimait. Il y était recueilli, soigné… et devenait le mari de la jeune fille. C'est ce souvenir qui nous a donné, à mon frère et à moi, l'idée du transport de Paul de Bréville, blessé, chez Mme Maréchal.
Ah! vraiment, on me fait un crime de bien des choses, de choses que me donne en spectacle, tous les jours, la vie du monde. Par exemple, on trouve tout à fait invraisemblable ce coup de cœur d'un tout jeune homme pour une femme de trente-quatre à trente-cinq ans. Savez-vous que chez tous les jeunes gens que j'ai connus, le premier amour effectif qui n'a pas été à une fille ou à une femme de chambre, je l'ai vu aller à des femmes de la société presque toujours plus âgées que Mme Maréchal, presque toujours à de sérieuses marraines de Chérubin?
Enfin, en faisant tromper ce bon, cet excellent, cet hospitalier M. Maréchal par le jeune Paul de Bréville, j'aurais introduit sur les planches un adultère plus immérité, plus indigne, plus infâme, plus laid que les adultères jusqu'ici mis en scène par mes confrères en adultère au théâtre… comme si nous ne voyions pas journellement les trois quarts des messieurs Maréchal se montrer de vrais saints Vincent de Paul à l'endroit de l'homme qui les trompe.