Eh bien! ces outils de renouvellement, je les trouve… à l'état embryonnaire bien certainement, mais je les trouve dans HENRIETTE MARÉCHAL, dans cette pièce qui est un début,—et un début ne produit jamais une œuvre tout à fait supérieure. Peut-être si l'on ne nous avait pas aussi brutalement arrêtés, à une troisième ou à une quatrième pièce, aurions-nous un peu plus complètement réalisé ce que notre ambition littéraire avait entrevu.

Du vrai, du vrai dans notre pièce, du vrai, il y en a peut-être plus qu'on ne croit. À propos de la phrase «J'en ferais mon cœur,» un critique théâtral disait hier que c'était un propos de soubrette d'il y a cent ans. J'ouvre notre JOURNAL en octobre 1863, à la fin d'un séjour chez Mme Camille Marcille, à Oisème, près de Chartres, je trouve cette note écrite par mon frère:

Voici, je crois, la première aventure d'amour flatteuse qui m'arrive. Une petite bonne, une pauvre enfant trouvée de l'hospice de Châtellerault, servait les fillettes de Mme Marcille. Elle avait une de ces figures minables, comme il semble qu'il y en ait eu au moyen âge, après les grandes famines, avec des yeux dont le dévouement jaillissait comme de ceux d'un chien battu. La brave fille, un soir, en déshabillant sa maîtresse, se mit à lui dire: «Ah! Madame, ce monsieur Jules, je le trouve si potelé, si gai, si joufflu, si gentil, que, si j'étais riche, j'en ferais mon cœur

EDMOND DE GONCOURT.

15 mars 1883.

LA PATRIE EN DANGER

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION[25]

La pièce ici imprimée, je la donne, telle qu'elle a été écrite par mon frère et par moi, telle qu'elle a été lue par mon frère au comité de la Comédie-Française, le 7 mars 1868, je la donne sans changer un mot[26].

Maintenant, si cela intéresse quelques personnes, de savoir les raisons, pour lesquelles je renonce à épuiser toutes les chances d'une représentation théâtrale sur un théâtre quelconque, pour une œuvre dans laquelle mon frère avait mis et les derniers efforts et les dernières espérances de sa vie, ces raisons, les voici:

Sous l'Empire, on nous avait dit: «Allez, c'est bien inutile de chercher à vous faire jouer, jamais la censure ne laissera passer votre pièce.»