Ainsi l'album intitulé Santaï gwafou, ALBUM DE TROIS DIFFÉRENTES SORTES DE DESSINS, imprimé en 1815, où Hokousaï signe Taïto, et dans lequel le préfacier Shokousan-jïn, traduisant la pensée du peintre, dit: «Dans la calligraphie il y a trois formes, et ce n'est pas seulement dans la calligraphie que ces trois formes existent, c'est dans tout ce que l'oeil de l'homme observe. Ainsi, lorsqu'une fleur commence à s'épanouir, sa forme est, pour ainsi dire, une forme rigide; lorsqu'elle est défleurie, sa forme est comme négligée; lorsqu'elle tombe à terre, sa forme est comme abandonnée, désordonnée.» Et au milieu de différentes images, une planche d'orchidée, trois fois répétée, est comme la confirmation de l'idée un peu paradoxale du peintre.
Ainsi l'album Hokousaï Gwashiki, MÉTHODE DE DESSIN D'HOKOUSAÏ, publié avec la collaboration de ses élèves, d'Ohsaka, Sénkwakou-teï, Hokouyô, Sekkwatei, Hokoujû, Shunyôtéi, Hokkei, et où le préfacier fait ainsi l'éloge d'Hokousaï: «La peinture est un monde à part et celui qui veut y réussir doit connaître par coeur les diversités des quatre saisons et avoir au bout des doigts l'habileté du créateur. Le Katsoushika Hokousaï de Yédo aima cet art dès l'enfance, eut pour unique maître la nature, et il a pénétré le mystère de l'art; enfin c'est l'unique grand peintre de la peinture ancienne et de la peinture moderne. Depuis des années il a donné des albums pour servir aux élèves, mais des albums insuffisants aux demandes. Et aujourd'hui l'éditeur Sôyeidô a demandé au maître un nouvel et plus complet album qui servira de méthode pour la jeunesse.»
Et à la fin de toutes ces révélations sur l'art du maître, qu'elles émanent de ses amis ou de lui-même, donnons la plus curieuse de toutes, que Hokousaï, en 1835, jeta en tête des CENT VUES DU FOUZI-YAMA:
Depuis l'âge de six ans, j'avais la manie de dessiner la forme des objets. Vers l'âge de cinquante ans, j'avais publié une infinité de dessins, mais tout ce que j'ai produit avant l'âge de soixante-dix ans ne vaut pas la peine d'être compté. C'est à l'âge de soixante-treize ans que j'ai compris à peu près la structure de la nature vraie, des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des insectes.
Par conséquent, à l'âge de quatre-vingts ans, j'aurai fait encore plus de progrès; à quatre-vingt-dix ans je pénétrerai le mystère des choses; à cent ans je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant;
Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens ma
parole.
Écrit à l'âge de soixante-quinze ans par moi, autrefois Hokousaï,
aujourd'hui Gwakiô Rôjin, le vieillard fou de dessin[25].
[Note 25: L'Art Japonais, par Gonse. Quantin. 1883, t. I.]
LII
À l'âge de 68 ou 69 ans, Hokousaï avait eu une attaque d'apoplexie, dont il s'était tiré en se traitant par la pâtée de citron, un remède de la médecine japonaise et dont la composition était laissée par le peintre à l'ami Tosaki, avec, dans la marge de l'ordonnance, des croquetons de la main du peintre représentant le citron, le couteau à couper le citron, la marmite où on le fait cuire.