Voici la composition de cette pâtée de citron:
«Avant que vingt-quatre heures japonaises (48 heures) se soient écoulées depuis l'attaque, prenez un citron, découpez-le en petits morceaux, avec un couteau de bambou et non pas de fer ou de cuivre. Mettez le citron, ainsi découpé, dans une marmite de terre. Ajoutez-y un go (un quart de litre) de saké extra bon, et laissez cuire au petit feu jusqu'à ce que le mélange devienne épais.
«Alors il faut avaler, en deux fois, la pâtée de citron dont on a retiré les pépins, dans de l'eau chaude; et l'effet médical se produit au bout de vingt-quatre ou trente heures.»
Ce remède avait complètement guéri Hokousaï et semble l'avoir mené bien portant jusqu'en 1849 où il tombait malade de ses 90 ans, dans une maison d'Asakousa, le quatre-vingt-treizième logis de cette existence vagabondante d'une habitation à l'autre.
C'est alors, sans doute, qu'il écrivit à son vieil ami
Takaghi cette lettre ironiquement allusive:
Le roi Yemma[26] est bien vieux et s'apprête à se retirer des affaires. Il s'est fait construire, dans ce but, une jolie maison à la campagne et il me demande d'aller lui peindre un kakémono. Je suis donc obligé de partir et, quand je partirai, je prendrai mes dessins avec moi. J'irai louer un appartement au coin de la rue d'Enfer, où je serai heureux de vous recevoir, quand vous aurez occasion de passer par là.
HOKOUSAÏ.
[Note 26: Yemma, roi des Enfers, le Pluton japonais. Cette lettre a été publiée par M. Morse, dans l'Art Review, et reproduite, par Gonse, dans l'Art Japonais.]
En cette dernière maladie où Hokousaï eut les soins de sa fille Oyei, qui avait divorcé avec son mari et habitait avec son père, et où il fut entouré de l'affection filiale de ses élèves, la pensée du mourant fou de dessin, toujours toute à l'ajournement que le peintre sollicitait de la Mort pour le perfectionnement de son talent, lui faisait répéter d'une voix qui n'était plus qu'un soupir: Si le ciel me donnait encore dix ans… Là, Hokousaï s'interrompait, et après un silence: Si le ciel me donnait seulement encore cinq ans de vie… je pourrais devenir un vrai grand peintre[27].
[Note 27: D'après la biographie de Oukiyo yé Ronikô, par Kiôdén, qui le fait mourir le 13 avril 1849, la poésie de la dernière heure, que Hokousaï aurait formulée en mourant, est celle-ci: