Peut-être cette année, ou les années qui suivent, paraît Seirô niwaka zénseï asobi, FÊTE IMPROVISÉE AU QUARTIER DES MAISONS VERTES, une série d'estampes en couleur, réunies en un album, montrant le Carnaval des rues du Yoshiwara où l'on voit des femmes théâtralement costumées et couronnées de chapeaux de fleurs, exécutant des danses, jouant de petites scènes dramatiques, représentant des revues de l'année.
En 1795 Hokousaï, alors dit Shunrô, change encore une fois de nom, prend la succession de l'atelier de Tawaraya Sôri de l'école de Sôtat-sou, et signe Sôri.
C'est l'époque où il met au jour ces innombrables séries de merveilleux sourimonos.
VI
Les sourimonos, les impressions moelleuses où la couleur et le dessin semblent tendrement bus par la soie du papier japonais, et qui sont ces images à la tonalité si joliment adoucie, si artistement perdue, si délavée, de colorations pareilles aux nuages à peine teintés que fait le barbotage d'un pinceau chargé de couleur dans l'eau d'un verre, ces images qui, par le soyeux du papier, la qualité des couleurs, le soin du tirage et des rehauts d'or et d'argent, et encore par ce complément du gaufrage—obtenu, le croirait-on, par l'appuiement du coude nu de l'ouvrier sur le papier,—ces images n'ayant rien de similaire dans la gravure d'aucun peuple de la terre, font une grande partie de l'oeuvre d'Hokousaï.
Ces impressions, dont le nom vient de souri (empreinte prise au moyen d'un frottement), et mono (chose), ne sont point faites pour le commerce. C'est une carte du Jour de l'An qu'on offrait à un petit nombre d'amis, c'est un programme de concert, c'est la commémoration d'une fête en l'honneur d'un lettré, d'un artiste mort ou vivant.
1793
Le premier sourimono qu'on connaît d'Hokousaï est à la date de 1793, avec la signature de Mougoura Shunrô. Il représente un jeune marchand d'eau fraîche, assis sur le bâton qui lui sert à porter ses deux barillets, à côté d'un petit dressoir où sont des pots de sucre, des bols de porcelaine, des bols de métal.
Ce sourimono porte, au dos, le programme d'un concert organisé au mois de juillet pour faire connaître le changement de nom d'un musicien, avec les noms des exécutants et avec l'invitation suivante qu'il est peut-être bon de donner:
«Malgré la grande chaleur, j'espère que vous êtes en bonne santé, et je viens vous informer que mon nom est changé, grâce à mon succès près du public, et que, pour célébrer l'inauguration de mon nouveau nom, le quatrième jour du mois prochain, j'organise un concert chez Kiôya de Riôgokou, avec le concours de tous mes élèves, un concert de dix heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, et qu'il fasse beau ou pluie, je compte sur l'honneur de votre visite.