Enfin, comme destination originale, le dessin d'une courtisane en train d'arracher les cheveux blancs d'un Darma dont la tête fumante est recouverte d'un mouchoir mouillé.
Kakémono ironique, enlevé par les rapides coups d'un pinceau chargé
d'encre de Chine, avec quelques tons de chair dans la tête du Darma.
Signé Katsoushika Hokousaï Taïto (vers 1817).
H. 39.—L. 68.
Sait-on d'où vient cette curieuse pochade? De l'entre-deux d'épaules, enlevé d'un pardessus appelé haori au Japon, où l'on aime à avoir la peinture d'un homme célèbre dans le dos, et qui se voit seulement au moment où on le donne aux servantes pour l'accrocher?
Ce dessin, monté en kakémono, est possédé par M. Hayashi.
LVII
ALBUMS DES PREMIÈRES PENSÉES D'HOKOUSAÏ
Mais, mieux encore que ces kakémonos, que ces makimonos, que ces panneaux, des documents plus révélateurs pour étudier Hokousaï, pour se rendre compte de ses procédés, pour pénétrer le secret de son art, se trouvent dans trois ou quatre albums appartenant à Hayashi, et renfermant les projets, les croquis, les esquisses de ses dessins terminés—de tout cela, que le XVIIIe siècle français appelait les premières pensées d'un peintre.
Voici, dans un album, des études de femmes ressemblant à nos griffonnis à la plume et, à côté d'une petite femme à peine formulée, sa reprise au carreau en grand, avec des parties lavées à l'encre de Chine. Quelques croquis, au contour légèrement vermillonné, prennent l'aspect de dessins aux dessous de sanguine. Ici un repentir, montrant sur le haut d'un temple de Yédo un petit morceau de papier sur lequel le peintre a ajouté des grues. Comme Watteau, comme Gavarni, Hokousaï fait de nombreuses études de mains, de mains en toute l'énergie de leurs mouvements. Il a aussi des études de jambes, où il cherche le carré des muscles à l'instar de Bandinelli, ne faisant jamais rond, mais voulant toujours dans son dessin l'accentuation et le ressaut du muscle, ayant même une tendance à mettre dans l'anatomie du corps humain les reliefs plats et les lignes cassées de la sculpture. Et toujours des dessins où, dans le premier jet, il saisit la mimique d'un corps qui danse, la gesticulation de bras et de jambes qui bataillent, et jusqu'à la gymnastique plongeante d'une pêcheuse de coquilles au fond de la mer. Et vraiment, en la verve et la fièvre de ce dessin, vous avez de ce cheval, le cabrement, de cet oiseau, l'envolée, de ce singe, le prenant et l'agrippement de la patte.
Voilà un autre album presque tout rempli de projets de titres de livres faits de kakémonos que déroulent des femmes, des enfants, Foukorokou et Yébisou. A la suite de ces projets, des déhanchements d'hommes prêts à donner un coup de sabre, des indications de vêtements de Shôki, qui sont comme les vagues d'une tempête; et, mêlés à ces croquis de la force et du mouvement, des pivoines doucement lavées d'une eau rose, et un dessin érotique représentant le dieu du Tonnerre violant une danseuse vierge d'un temple, mais de l'érotisme se passant, comme disent les Japonais, dans le nuage.
Puis, c'est encore des dessins de grande proportion (H. 39—L. 28), des dessins où, au milieu d'éclaboussures de l'encre de Chine, quelques contours délicats sont finement tracés comme avec une encre pourpre. Et beaucoup de dessins, à la plus grande partie au trait, avec un morceau terminé, ainsi que dans ce coq et cette poule, où seulement la queue du coq est lavée. Et des chevaux galopants qui ont l'air de licornes volantes.