Un dessin des plus spirituels: le père de Kasané, un marchand de marionnettes, qui en a de suspendues tout autour d'un parasol ouvert au-dessus de sa tête, et tient une espèce de pelle où les mouvements de sa main font danser un pantin aux articulations attachées à cinq ou six ficelles.

Une planche d'un grand effet est l'assassinat où la femme, jetée à l'eau, et se cramponnant des deux mains à la barque, se voit assommée par son mari à coups de rame.

Une autre planche curieuse montre la seconde femme se tuant par la souffrance qu'elle éprouve de la hantise de la femme assassinée: et, au moment où elle meurt, sort d'elle l'esprit qui la hante, sous la forme d'une fumée surmontée de la tête de la laide femme.

Et la dernière planche étale, dans une grisaille, une vision de l'enfer bouddhique avec un luxe de supplices inimaginable.

Dans cette année 1807 Hokousaï illustre Sou mida gawa Baïriû Shinsho, NOUVEAU LIVRE SUR LE PRUNIER ET LE SAULE DE LA SOUMIDA, un roman en six volumes dont le texte est de Bakin.

C'est le roman de deux jeunes frères de la noblesse, Matsouwaka et Ouméwaka, deux enfants que la mère, après la mort du prince son mari tué à la guerre, a fait cacher et, suivant une légende du XIIe siècle, à la recherche desquels elle se met quand il n'y a plus à craindre pour leur vie, et ne trouve que leur tombeau: un roman sentimental qui a eu un grand succès au Japon.

En tête de la table des matières est représenté, ainsi que c'est l'habitude dans les romans quasi historiques de Bakin, le paysage sur la rive de la Soumida où se trouvait le tombeau des deux frères. Et, dans une planche d'Hokousaï, l'on voit cette mère, en la recherche de ses enfants, sous la robe d'une mendiante jouant la folie, entourée d'une troupe d'enfants se moquant de la princesse Hanako devenue méconnaissable, et portant une branche d'arbuste où est pendu un éventail sur lequel est écrite une phrase qui doit seulement la faire reconnaître par ses enfants.

Puis, dans une autre planche, on voit la pauvre mère arrivée à l'endroit où est mort son plus jeune fils, avoir la vision, à travers les branches d'un saule, du cher mort, dans une robe lumineuse éclairant le paysage.

Dans cette même année 1807 Hokousaï illustre Kataki-outi Ourami Kouzou-no-ha, LA VENGEANCE DE KOUZOU-NO-HA, un roman en cinq volumes dont le texte est de Bakin.

Dans ce roman fabuleux qui se passe au temps de la guerre de Minamoto et des Taïra, le guerrier Tadanobou, parti en campagne, a laissé à la maison une femme et un tout jeune enfant. Pendant la guerre, au moment où un vieux renard allait être tué d'un coup de flèche par un de ses compagnons d'armes, Tadanobou l'a sauvé et le renard est resté reconnaissant au guerrier. Dans ce temps meurt assassinée la femme de Tadanobou. Or, le vieux renard qui a vécu mille ans et qui, d'après les croyances de là-bas, a le pouvoir de se changer en ce qu'il veut, se métamorphose en femme et va élever l'enfant de Tadanobou. Et une planche ingénieuse d'Hokousaï montre la femme qu'est devenu le renard se regardant dans la rivière et se voyant reflétée en renard.