Puis, au retour du mari, qui trouve son enfant tout élevé, la femme-renard disparaît, mais le père et le fils vont à sa recherche, et la femme-renard leur apparaît dans une de ces visions, semblables aux visions de Rembrandt, en un coin d'eau-forte à peine mordue, et apprend à l'enfant l'homme qui a assassiné sa mère—et que l'enfant tue.

Dans cette même année 1807 Hokousaï illustre: Sono-no-Yuki, LA NEIGE DU
JARDIN: un roman de Bakin en six volumes, qui est l'histoire du guerrier
Sonobé Yoritsouné et de la princesse Ousouyuki.

Cette illustration, supérieure à l'illustration des autres romans publiés cette année, pourrait faire supposer que les dessins d'Hokousaï, qui ont été gravés en 1807, sont, quelques-uns, de plusieurs années antérieurs à cette année et que ces dessins attendaient un éditeur.

L'illustration d'Hokousaï débute par la représentation d'animaux fantastiques et d'animaux réels, mais d'une grandeur, d'une puissance, d'une force qui les fait un rien surnaturels. C'est une araignée gigantesque, une araignée à la tête d'une pieuvre, au corps pustuleux d'un crapaud, ayant un chapelet de crânes d'hommes autour d'elle, une araignée montrée à la lueur de la torche de Yoritsouné qui a pénétré dans sa caverne; c'est une carpe du format d'un cachalot, soulevée au-dessus des flots; c'est un tigre chevelu, aux poils en forme de flamme, enchevêtré dans les replis d'un dragon interminable; c'est un ours aux griffes terribles dans des emmanchements de mastodonte; c'est un aigle, en le vigoureux et tressautant déploiement de ses ailes, avant de monter dans les airs:—des animaux qui ont des solidités de sculptures de bronze.

À côté de ces bêtes sorties d'une réalité imaginative, des dessins de femmes, tantôt d'une délicatesse de rêve, comme cette longue femme dans sa robe blanche, avec le flottement autour d'elle de sa noire chevelure, tantôt d'une originalité gracieuse, comme ces deux femmes dans un coup de vent qui les courbe presque à terre, avec l'envolée derrière elles de leurs cheveux et de leurs robes.

Une planche curieuse est un cimetière japonais avec ses tombes en pierre et ses longues et hautes planchettes portant écrites des prières: cimetière où la princesse et sa suivante sont cachées sous une tente de papier et qu'envahit une troupe d'hommes armés.

Et la dernière planche représente le traître écartelé par des boeufs, auxquels sont attachées ses deux jambes.

Hokousaï publie encore, en 1807, l'illustration de Thinsétsou Yumihari Zouki, LE CROISSANT DE LA LUNE OU LE CONTE DU CAMÉLIA, roman de Bakin, en six parties, dont la première et la seconde partie paraissent en 1807, la troisième vers 1808, la quatrième, la cinquième et la sixième en 1811: ces six séries forment vingt-huit volumes.

Ce roman est l'histoire de Tamétomo, un héros du XIe siècle, prenant parti pour un empereur dépossédé à la suite d'une révolte, et qui tente de reprendre le pouvoir. Au fond, ce roman est, comme une série de contes des Mille et une Nuits, une suite de voyages fabuleux dans l'île de Lieou-Khieou, Formose, les Pescadores, et autres îles de la mer du Japon, par ce Tamétomo, à l'arc irrésistible et où la topographie des endroits est entremêlée de toutes les croyances des localités et de toutes les légendes merveilleuses de ces îles dont quelques-unes passaient pour être habitées seulement par des femmes, et dont l'imagination de l'artiste a peut-être donné une habitante dans cette voluptueuse femme montée sur un boeuf, jouant d'une flûte où est posé un oiseau. Et Tamétomo terrorise et dompte ces populations sauvages,—représentées par Hokousaï assez semblables aux Aïnos couverts de poils,—par la puissance de son arc, avec lequel il coule un navire, fait sauter un quartier de rocher, et qu'aucun des hommes des contrées qu'il traverse ne peut tendre. Le roman n'a peur d'aucune invraisemblance: le fils de Tamétomo tombe malade, le père fait fabriquer un immense cerf-volant pour le transporter au Japon, tandis que l'empereur dépossédé, devenu dans un coup de foudre un Téngou,—un de ces génies du bien et du mal, si accrédités au Japon, un de ces génies au nez en vrille,—et qu'on voit tenir un conseil de guerre avec des généraux qui sont tous des Téngous, sauve par leur entremise Tamétomo d'un naufrage; et l'on voit à la fin Tamétomo dans une apothéose, entouré de flammes sur son cheval qui prend feu.

Et ce roman fabuleux, où se trouve un méli-mélo de géographie exacte et de récits impossibles, et de planches dignes d'une icthyologie sérieuse à côté de sirènes, finit par une interminable généalogie de Tamétomo dont les rois de l'île de Lieou-Khieou seraient des descendants.