En 1845, après des années d'interruption dans l'illustration des livres, Hokousaï publie l'illustration de Kan-So-Goundan, LA GUERRE DES DEUX ROYAUMES DE KAN ET DE SO, roman historique en trente volumes formant trois séries, dont la première et la deuxième ont paru en 1815, et la troisième à une époque inconnue.
Ce roman chinois, traduit en japonais par Shôriô Sadakata, est l'histoire de la chute de l'empereur Shikô, l'empereur qui fit construire la grande muraille de la Chine, et de l'avènement de l'empereur Kôso, de la dynastie des Hang, 202 ans avant Jésus-Christ.
C'est, tout d'abord, la planche où se voit ce sujet si souvent représenté sur les gardes de sabre, ce vieillard mystérieux rencontré sur un pont, qui, pour éprouver la patience d'un jeune homme, se fait trois fois repêcher sa sandale,—au bout de quoi il lui donne un rouleau dont les instructions lui servent à faire le nouvel empereur de Chine.
Et, dans ce roman racontant la lutte pour l'Empire, de Kôso et de Kô-ou qui se perdit par ses cruautés, une terrible planche est celle où il a commandé la mort de cinq mille paysans fidèles à l'ancien empereur, et où défilent des gens pliant sous des filets remplis de têtes humaines.
Enfin, en 1846, trois ans avant sa mort, Hokousaï publie Guénji Ittôshi, LA POSSESSION DU POUVOIR PAR LA FAMILLE DE MINAMOTO, roman historique dont le texte est de Shôtei Kinsoui et dont on ne connaît qu'une partie, éditée en cinq volumes.
La planche capitale est celle où l'on voit Minamoto dormant en l'état d'inquiétude où il est chaque nuit par le kokori, la hantise dans son sommeil de cette terrible araignée, grande comme une pieuvre, filant une toile qui tient tout le fond de la chambre, et que son sabre de chevet, sortant de sa gaine,—un sabre miraculeux,—va tuer.
XXI
Parmi tous les romans illustrés par Hokousaï de 1805 à 1808, l'illustration du RÊVE DU CAMPHRIER DU SUD eut un immense succès, succès dont se montra jaloux le romancier, et un refroidissement se fit entre Bakin et Hokousaï et, avec ce refroidissement, la volonté chez chacun d'eux de ne plus travailler ensemble. Toutefois les éditeurs furent si habiles à ménager les amours-propres des deux hommes qu'ils obtinrent d'eux de collaborer encore pour la fin de l'ouvrage qui parut en 1811. Mais quand les dessins furent terminés et communiqués à Bakin, il trouva que les dessins ne correspondaient pas avec le texte, demanda qu'ils fussent modifiés, et Hokousaï, auquel on fit part de cette prétention de l'écrivain, répondit que c'était le texte qui avait besoin d'être modifié. Et les éditeurs ayant fait graver le texte et les dessins tels qu'ils leur avaient été livrés, une brouille éclata entre les deux hommes.
Du jour de ce dissentiment entre Hokousaï et Bakin, il entra dans la pensée du peintre de publier des dessins se passant du texte d'un littérateur, et d'une vente égale à un volume où avait associé à son nom le nom de Bakin.
C'est dans cette disposition d'esprit qu'à quelques années de là, prit naissance la MANGWA, dans des circonstances jusqu'ici tout à fait inconnues, et que nous révèle la préface de Hanshû en tête du premier volume, et que j'ai eu l'idée de faire traduire par Hayashi: «Hokousaï, le peintre d'un talent si extraordinaire, dit Hanshû, après avoir voyagé dans l'Ouest, s'est arrêté dans notre ville (à Nagoya), et là il a fait connaissance avec notre ami Bokousén, s'est amusé à s'entretenir du dessin avec lui et, dans ces conversations, a dessiné plus de trois cents compositions. Or, nous avons voulu que ces leçons profitassent à tous ceux qui apprennent le dessin et il a été décidé d'imprimer ces dessins en un volume, et quand nous avons demandé à Hokousaï quel titre il fallait donner au volume, il a dit tout simplement: Mangwa, que nous avons couronné de son nom,