Cette parole impressionnait si vivement Villemain, qu'à la fin de la séance, lui prenant les mains, il lui disait: «Soyez bon pour moi!»

* * * * *

Mardi 25 avril.—Aujourd'hui, à la vente de Mme de Balzac, j'ai poussé le manuscrit d'EUGÉNIE GRANDET, à onze cents francs. Un moment j'ai cru le manuscrit mien, j'en ai été le possesseur pendant cinq minutes.

* * * * *

Lundi 1er mai.—Aujourd'hui ouverture du Salon, et déjeuner chez Ledoyen avec les ménages Daudet, Zola, Charpentier. Tout un monde de peintres et de femmes de peintres en représentation, et faisant des effets avec des arrivées en retard, comme l'arrivée diplomatique d'Heilbuth, comme l'arrivée tapageuse de Carolus Duran. Dans un coin, un vieil artiste que j'ignore, en train de se pocharder, en se livrant à une mimique à la Frédérick Lemaître.

* * * * *

————Ah! si j'étais plus jeune, le beau roman à recommencer sur le monde de l'art, et à faire tout dissemblable de MANETTE SALOMON, avec un peintre de l'avenue de Villiers, un peintre-bohème, vivant dans le grand monde et la high life, comme Forain, un raisonneur d'art, à la façon de Degas, et toutes les variétés de l'artiste impressionniste.

* * * * *

Mercredi 10 mai.—Pris un parti héroïque, j'ai renoncé à fumer. Il y a de cela deux jours.

C'est douloureux cette renonciation soudaine et entière à une habitude de quarante ans, et chez un fumeur qui fumait un paquet de maryland par jour. Par moments, mes doigts se mettent à rouler mécaniquement le bout de papier, qu'ils rencontrent au fond d'une poche, et cette nuit j'ai rêvé, que je la passais à la recherche, chez tous les marchands de Paris, d'un paquet de tabac frais, sentant ce bon goût si agréable. Enfin voilà quarante-huit heures, que je bats l'habitude. Triompherai-je?