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Vendredi 5 janvier.—«Pas de discussion sur Gambetta, ou nous tapons!» s'écriait, ce soir, le fils de Daudet, donnant la profession de foi de son collège.

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Dimanche 7 janvier.—J'ai un pauvre diable de cousin éloigné qui vit avec dix-neuf cents francs, gagnés dans un ministère. Comme je lui demande aujourd'hui où il demeure, il me répond: «21, rue Visconti… J'habite la chambre de Racine: une chambre où il fait bien froid et où il y a si peu de jour, que j'ai toutes les peines du monde à m'y faire la barbe.» La chambre de Racine coûte 300 francs par an.

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Mardi 9 janvier.—Dîner du Temps. La conversation de ce soir, est tout entière consacrée à Gambetta. Charles Robin dit qu'il existait deux perforations à l'appendice cœcal. Il croit que l'accident du revolver n'a eu aucune influence, que ç'a été concomitant, que l'homme, à quelques mois de là, à quelques jours peut-être, était condamné à périr, à la suite d'une indigestion, d'une fatigue, d'un rien.

«Quel coup!» laisse échapper, en entrant, Spuller, dont la grosse chair a le pâlissement d'un vrai chagrin.

On parle du cerveau du mort, qui est chez un tel, de son bras, qui est chez un autre, de je ne sais quoi de son corps, qui se trouve chez un troisième. C'est horrible aujourd'hui la dispersion d'un cadavre illustre.

Quelqu'un a fait allusion à la possibilité d'une opération. «Une opération! s'écrie Liouville. Vous ne savez donc pas ce que Verneuil a dit à l'autopsie: «Mes enfants, quelle grâce d'état que nous ne soyons pas intervenus!»

Notre ami mangeait gloutonnement, interrompt Hébrard avec un sourire gamin. Vous rappelez-vous les perdreaux, il les engloutissait… il a peut-être avalé un grain de plomb, cela suffit pour une perforation, n'est-ce pas?… Lannelongue, qui a écrit cent pages, sur sa maladie, croyait à un morceau de truffe du déjeuner, qui lui avait donné une indigestion.