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Samedi 17 février.—Le peintre Munckaczy, ce peintre à la solide et grasse peinture: un grand corps dégingandé, surmonté d'une broussaille grise de cheveux, qui ressemble à un buisson d'automne couvert de toiles d'araignées. De ce long corps qui se laisse tomber sur les divans, avec des affaissements de pantin cassé, sort une voix doucement dolente, se plaignant d'une fatigue qui ne lui permet pas même de soulever les bras.

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Lundi 19 février.—Excelsior à l'Eden, un ballet, qu'on pourrait appeler le ballet de la danse de Saint-Guy, huit cents jambes perpétuellement en l'air, dans des flamboiements et des paillons de verre de kiosques chinois, dans des feux de Bengale canailles:—une frénésie de mouvement, vous donnant une courbature, parmi de la lumière faisant mal aux yeux, comme si, on avait, trois heures, l'œil à un kaléidoscope, vigoureusement secoué.

Là dedans une prostitution plus lugubre, que jamais, avec des femmes cherchant le macabre et l'aspect pourriture d'hôpital.

À propos de la lumière électrique, il y aurait un très joli emploi à en faire dans l'amour. Il serait peut-être très agréable de jouir d'un corps de femme, ainsi clairdeluné.

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Mardi 20 février.—Ce soir, après dîner, au pied du lit en bois sculpté, où on sert les liqueurs, Zola se met à parler de la mort, dont l'idée fixe est encore plus en lui, depuis le décès de sa mère.

Après un silence, il ajoute que cette mort a fait un trou dans le nihilisme de ses convictions religieuses, tant il lui est affreux de penser à une séparation éternelle. Et il dit, que cette hantise de la mort, et peut-être une évolution des idées philosophiques, amenée par le décès d'un être cher, il songe à l'introduire dans un roman, auquel il donnerait un titre, comme «La Douleur».

Ce roman, il le cherche, dans ce moment, mais en se promenant dans les rues de Paris, sans en avoir encore trouvé l'action, car à lui, il faut une action, n'étant pas du tout, dit-il, un homme d'analyse.