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Mardi 3 avril.—Ce matin en me levant, près de m'évanouir, j'ai été obligé de m'accrocher aux meubles pour ne pas tomber. Je serais cependant bien heureux de finir mon roman commencé… Après que la mort me prenne, quand elle voudra, j'en ai assez de la vie.
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————Rue Godot-Mauroy, parmi la paille étendue sur le pavé pour le repos et la tranquillité d'une agonie, des enfants se roulent joyeusement, avec quelque chose du bonheur, qu'on a dans la campagne sur l'herbe. Ça peut donner une image tristement jolie.
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————La communication que j'ai eue, ces temps-ci, du journal de Mlle ***, du journal des amourettes d'une cervelle de seize ans, me donne la certitude absolue, que la pensée de la jeune fille, la plus chaste, la plus pure, appartient à l'amour, et qu'elle a tout le temps un amant cérébral.
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Samedi 7 avril.—Aujourd'hui, en me promenant avec de Nittis, je lui parlais de l'acuité que prenait chez moi le sens de l'odorat dans la migraine, si bien qu'alors que je fumais encore, il m'arrivait de me relever, pour jeter dans l'escalier un paquet de tabac qui était dans la pièce voisine.
De Nittis, lui me dit que chez lui, le vin développe singulièrement l'acuité du sens de la vue, et que déjeunant à Londres, dans un cercle, où il buvait deux ou trois verres de vin, en revenant chez lui, dans ces voitures, complètement ouvertes devant, il voyait la rue «toute peinte»—et lorsqu'il n'avait pas bu de vin, son œil avait besoin de la chercher longtemps la rue, pour la peindre.
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