Mardi 10 avril.—Le nez de Zola est un nez très particulier, c'est un nez qui interroge, qui approuve, qui condamne, un nez qui est gai, un nez qui est triste, un nez dans lequel réside la physionomie de son maître; un vrai nez de chien de chasse, dont les impressions, les sensations, les appétences divisent le bout, en deux petits lobes, qu'on dirait, par moments, frétillants. Aujourd'hui, il ne frétille pas ce bout de nez, et répète ce que la voix morne du romancier formule sur le ton de: «Frère, il faut mourir», à propos de la vente de nos livres futurs: «Les grandes ventes… nos grandes ventes sont finies!»
Le dîner se termine dans une causerie sur ce pauvre Tourguéneff, que Charcot déclare perdu. On parle de cet original conteur, de ses histoires dont le commencement semblait sortir d'un brouillard, ne promettait dès d'abord pas d'intérêt, et qui devenaient, à la longue, si prenantes, si attachantes, si empoignantes. On aurait dit de jolies et délicates choses, passant lentement de l'ombre dans la lumière, avec un éveil graduel et successif de leurs plus petits détails.
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Mercredi 18 avril.—Ce soir, chez la princesse, le vieux Franck se plaint que tout soit à la philologie, que le monde scientifique ne veuille plus que des noms, qu'il y ait une convention pour rejeter les idées, ces vieilles aristocrates, selon son expression.
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Vendredi 20 avril.—Dîner chez Charpentier.
On cause des jeunes. On déplore leur manque d'entrain, de gaieté, de jeunesse, et cela amène à constater la tristesse de toute la jeune génération contemporaine, et je dis que c'est tout simple: que la jeunesse ne peut être que triste, dans un pays sans gloire, et où la vie est très chère.
Là-dessus Zola enfourche son dada: «C'est la faute à la science!» Il y a de cela, mais ce n'est pas tout.
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Samedi 21 avril.—Le poète anglais Wilde me disait, ce soir, que le seul Anglais qui avait lu Balzac, à l'heure actuelle, était Swinburne.