Aussitôt je me jette en bas du lit pour aller l'embrasser. Et pendant que la porte de son cabinet, est poussée par des amis qui viennent lui serrer la main, et s'en vont: le voici, qui me raconte son duel, avec cette jolie blague méridionale, me peignant l'emballeur cocasse, qui a fourni, à la fois la caisse des épées et le jardin de sa maison de campagne, l'embarquement solennel pour le Vésinet et l'entrée du jardin de l'emballeur, entre deux arbres verts, qu'il compare joliment à une entrée de cimetière, et l'attache de formidables lunettes qu'il demande qu'on lui retire, aussitôt qu'il sera blessé.
Un charmant détail familial. Le fils aîné de Daudet avait entendu jeudi, à travers la porte, son père me dire qu'il avait envoyé des témoins à Delpit. Il n'avait rien laissé percer de son inquiétude, auprès de sa mère, mais, samedi, comme son père était en retard pour le dîner, et qu'on dînait sans lui, tout à coup, il se mettait à fondre en larmes, et comme sa mère se moquait de ses larmes imbéciles de petit garçon, sur le retard de son père, il continuait à pleurer, mais ne disait rien de ce qu'il devinait, se passer dans le moment.
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Jeudi 31 mai.—Chez les Sichel, quelqu'un ayant habité longtemps le Japon, disait que le baiser n'existait pas, pour ainsi dire, dans l'amour japonais, et que l'amour était tout animal, sans la tendresse de la caresse humaine. Il ajoutait que dans les sentiments de pure affection, le baiser était une chose rare. Il avait assisté à la séparation d'une mère et de son enfant, et chez cette mère, la douleur s'était témoignée par un affaissement sur elle-même, coupée par un hi hi, sans qu'elle serrât dans ses bras, sans qu'elle embrassât son enfant.
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Samedi 2 juin.—De Nittis, c'est le vrai et le talenteux paysagiste de la rue parisienne. Le soir, dans son atelier, je regardais «La place des Pyramides», qu'il vient de racheter à Goupil, pour la donner au Luxembourg. Le ciel de Paris avec ses bleus délavés, la pierre grise des maisons, l'affiche en ses coloriages, tirant l'œil dans le camaïeu général, c'est merveilleux; et dans ce tableau encore les figures ont le format qu'il faut au talent du peintre napolitain, le format de grandes taches spirituelles.
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Mercredi 6 juin.—Aujourd'hui j'ai la visite d'un collégien, d'un de ces grands collégiens à barbe, dont chaque poil est accompagné d'un bouton. Il vient m'apporter son admiration, en m'apprenant qu'à l'heure actuelle, les intelligents, les piocheurs, les lettrés du collège sont divisés sen deux camps: les futurs normaliens qui appartiennent à About et à Sarcey, et les autres sur lesquels Baudelaire et moi, serions les deux auteurs contemporains, qui ont le plus d'action.
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————Au fond, chez moi, la plus sérieuse jouissance dans ce moment-ci, c'est l'étoilement de la verdure au fond de mon jardin, par toutes ces roses, ces roses feuillues et vigoureuses appelées Coupe d'Hébé; ces roses, nommées Capitaine Christy, ayant le crémeux coloriage du carmin, sur l'ivoire d'une miniature commencée; ces roses baptisées Baronne de Sancy, ayant dans une rose cultivée, les jolies mollesses et le demi-refermement floche des roses de l'églantier.