* * * * *

Mardi 6 mai.—L'éreintement devient international. La Fanfulla de Rome déclare, dans un article colère, que ma sénilité me fait voir des fantasmagories dans le vrai.

Au fond, c'est un tolle européen contre mon roman. On ne veut pas que la jeune fille des livres appartienne à l'humanité. Il la faut insexuelle, comme je l'ai dit dans ma préface. Eh bien! non, on ne donnera pas l'image de la jeune fille, si on n'indique pas les troubles physiques qui la traversent, un instant.

* * * * *

Mercredi 7 mai.—Un enragement intérieur, qu'apaisent les douceurs du jardin et des marches violentes… qui se mettent au pas, dans le sentier des roses entr'ouvertes. Oui, l'amertume de la vie de ces jours, les petits tressaillements nerveux de la bouche, les filtrées de bile dans l'estomac, les envies de brutalités, les appétits de duels: tout cela s'adoucit et s'endort au milieu des arbres et des fleurs, comme sous un liniment.

Longuement, j'analyse le crucifiement de l'homme qui fait un livre, qui n'est pas le livre de tout le monde, parce qu'il est bon, je crois, qu'on sache le menu et le détail des souffrances qu'il a eu à endurer, et combien peut-être un peu de gloire posthume est payé du vivant de l'auteur.

* * * * *

Samedi 10 mai.—Dialogue d'hier à la porte de chez moi.

—Monsieur de Concourt y est-il?

—Il vient de sortir à l'instant même! répond Pélagie à l'inconnu.