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Samedi 21 septembre.—Flaubert, à la condition de lui abandonner les premiers rôles, et de se laisser enrhumer par les fenêtres, qu'il ouvre à tout moment, est un très agréable compagnon. Il a une bonne gaîté et un rire d'enfant qui sont contagieux, et dans le contact de la vie de tous les jours, se développe, en lui, une grosse affectuosité, qui n'est pas sans charme.
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Dimanche 22 septembre.—Ce matin, Meada, commissaire général du Japon à l'Exposition universelle de Paris, est arrivé à Saint-Gratien, accompagné de deux jardiniers de ses compatriotes, portant dans des morceaux de soie jaune, des instruments de jardinage, bizarres, hétéroclites. On a été au fond du potager. Les deux Japonais ont brisé la terre d'un carré, et ont semé des radis, des choux, des navets, des navets d'un mètre, et dont trois font la charge d'un homme.
Ce Meada, costumé à l'européenne, a une douceur charmante dans la politesse, et son teint jaune prend, par moment, un rose qui ressemble à ce joli fard carminé, dont les Japonaises des albums se rougissent les paupières.
On lui demande ce qui l'a frappé parmi les choses de l'Europe. Il répond:
«La grandeur!»—et parle avec émerveillement de Versailles…
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Lundi 23 septembre.—On cause d'une excentrique châtelaine des environs de Paris, dont le goût, la passion, l'idée fixe, est le maquerellage, et le maquerellage uniquement par perversion. En sorte que tous les couples amoureux du département, elle les attire chez elle, et les installe dans des appartements de son château, communiquant par un système d'escaliers en colimaçons.
Enfin sa maladie de perdre les jeunes femmes est tellement connue, que son neveu, quelque insistance qu'y mette sa tante, ne permet jamais à sa femme d'y coucher, et quand elle lui propose une promenade, il met de suite ses gants, pour être en tiers entre elles deux.
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