Samedi 28 septembre.—Ce soir, le vieux Giraud contait ceci. Encore enfant, au temps des confitures, son père et sa mère le chargeaient d'aller chercher un pain de sucre, chez un distillateur de leurs amis, qui demeurait rue des Cinq-Diamants. Or la rue en question était alors pleine de filles, faisant le trottoir. Le jeune Giraud revenant chez lui avec son enfant de chœur sur les bras, s'approchait d'une de ces peu vertueuses demoiselles, et détachait d'un coup de clef, un éclat du bas de pain de sucre, moyennant quoi, il obtenait de toucher un rien à ses charmes. Puis il passait à une autre, détachant un nouvel éclat… Et arrivé à la maison, il se mettait à casser frénétiquement tout le pain de sucre, pour qu'on ne s'aperçût pas du déchet.
N'est-ce pas là une histoire montrant le gamin qu'il y eut toujours chez l'homme?
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Jeudi 10 octobre.—Au fond, dans toute cette Exposition de 1878, il n'y a guère que les objets d'art japonais, les imitations de verre de Venise, et le moulage russe d'un seul jet du corps d'une femme. Si je n'avais pas de bibelots, j'achèterais ce moulage, et n'aurais que cela dans mon salon: ce serait la présence réelle d'une belle réalité.
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Samedi 12 octobre.—Vaguant dans les rues campagnardes de Montmorency, en sa belle santé, la princesse appuyée sur mon bras, et souriant au beau soleil de la journée, au bonheur de son heureuse vie entourée de l'affection d'une petite société amie, me dit, s'arrêtant soudainement: «Oui, ce serait bien dur de m'en aller, je l'avoue, je trouve la vie bonne!»
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————C'est joli, une Parisienne marchant dans la rue, et que l'on voit absente de la foule qui la heurte, sourire à sa pensée.
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Vendredi 25 octobre.—Je ne mangerai plus dorénavant à la Taverne anglaise. Il y a au comptoir, une cinquantenaire exsangue, la figure émaciée par l'élaboration et la fatigue des additions, les cheveux tirés sur les tempes, et relevés sur le sommet de la tête, en une touffe ressemblant à la touffe de Chingachgook, et cette tête sauvagement sérieuse, m'est désagréable à voir, quand je prends ma nourriture.