* * * * *
Mercredi 4 juin.—Aujourd'hui, dans mon jardin en fleurs, son petit corps maigre perdu dans sa robe à queue, Mme de Nittis parlait, tout au fond d'un grand fauteuil, où elle ne tenait guère plus de place qu'un enfant, parlait, avec des interruptions, des silences, de pâles sourires; parlait des premiers temps de son bonheur avec son mari, dans un certain carré de roses trémières, aux environs de la Malmaison, et qu'il avait fallu vendre, un jour de mauvaises affaires. Avec ce quelque chose d'appuyé et de ressenti, que les bien malades mettent dans leurs paroles, elle revenait amoureusement sur ces jours où elle servait de modèle à son mari, du matin au soir, sur ces jours tout pleins de ses peurs de l'eau, et où cependant sans rien dire, elle posait dans un remuant bateau, en robe blanche, frissonnante du froid du coucher du soleil et de la terreur de chavirer.
Vendredi 6 juin.—La petite Mme ***, sur une polissonnerie qu'on lui dit, a un retroussement d'une seule narine, singulier, bizarre.
* * * * *
Samedi 7 juin.—Je suis à l'enterrement du vieux Maherault, l'avant-dernier collectionneur sincère, l'avant-dernier collectionneur pauvre—je me regarde comme le dernier,—et je n'entends que colloques sans pudeur d'amateurs, tout réjouis par la perspective de la vente, et ne vois que têtes de marchands d'estampes, travaillant à attirer sur elles, l'attention de la famille.
* * * * *
Dimanche 8 juin.—Déjeuner en tête à tête avec Flaubert, ce matin.
Il me dit que son affaire est faite. Il est nommé conservateur, hors cadre, à la Mazarine, aux appointements de 3 000 francs, qui doivent être augmentés dans quelques mois. Il ajoute qu'il a vraiment souffert d'accepter cet argent, et que du reste, il a déjà pris des dispositions, pour qu'il soit un jour remboursé à l'État. Son frère, qui est très riche et mourant, doit lui faire 3 000 livres de rente: avec cela, sa place et ses gains de littérature, il se retrouvera à peu près sur ses pieds.
Flaubert, l'ennemi des illustrations, songe aujourd'hui à l'illustration de sa féerie, avec des dessins de peintres—et non de dessinateurs, dit-il avec mépris.
Il est plus briqueté, plus coloré à la Jordans que jamais, et une mèche de ses longs cheveux de la nuque, remontée sur son crâne dénudé, fait penser à son ascendance de Peau-Rouge.