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Dimanche 16 janvier.—Aujourd'hui, au milieu d'une bronchite tournant à la fluxion de poitrine, de Nittis est soudainement entré avec mon immense portrait à l'esquisse un peu spectrale, et aussitôt s'établissant dans mon cabinet, il s'est mis à peindre, comme fond, la neige qui tombait dans mon jardin. Un autre jour ça ne m'aurait pas frappé, mais aujourd'hui ce portrait de l'autre monde avec son jardin de cimetière, m'a parlé comme un vilain présage.
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Samedi 29-janvier.—C'est la première de NANA.
Le public de l'Ambigu est bonhomme, mais en veine d'égayement. Je fais une visite, après le troisième tableau à Mme Zola, qui a des larmes dans les yeux—ce que je ne vois pas tout d'abord, en l'obscurité de la baignoire—et comme je me permets de lui dire, que je ne trouve pas le public si méchant, elle me jette, dans une phrase sifflante: «de Goncourt, vous trouvez ce public bon, vous! Eh bien, vous n'êtes pas difficile!» Ah! la monographie des nerfs d'un ménage d'auteur, pendant une première, ce serait une curieuse étude à faire.
Au dernier acte, un très saisissant effet: ce lit de la chambre du Grand-Hôtel, entouré de la musique sautillante d'un bal, et d'où, en la solitude de la chambre, sort d'un corps qu'on ne voit pas, la demande agonisante: À boire!
La toile tombe dans les applaudissements.
Nous sommes dans l'escalier, où tout à l'heure, l'on entendait Massin crier à Delessart: «Viens me poser une pustule!» Nous sommes dans le cabinet du directeur, où l'on s'embrasse, au milieu des reproches de Mme Zola à son mari, qui s'est refusé à commander d'avance le souper. Et Zola répète dans un grand affaissement de corps: «Tu sais, moi je suis superstitieux, si je l'avais commandé, je crois que la pièce serait tombée!»
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Jeudi 3 février.—A Paris, dans ce moment, il existe des femmes du monde, jouant à la Bourse, et qui, tous les matins, reçoivent la visite de quatre remisiers, venant prendre leurs ordres.