Jeudi 20 octobre.—Zola est de sa nature contempteur de l'argent. Il racontait, aujourd'hui, qu'avec la première pièce de vingt sous de son enfance, il avait acheté une bourse de dix-neuf sous, dans laquelle il avait mis le sou qui lui restait.
* * * * *
Vendredi 28 octobre.—Aujourd'hui, en montant la rue Saint-Georges, mes yeux rencontrent dans le ciel, au fond de la place, un immense placard où se lit en lettres colossales: LA FAUSTIN: un placard regardant la maison, où mon frère et moi avons passé tant d'années, sans publicité, sans bruit, sans renommée.
* * * * *
————Chez quelques hommes, il y a dans le oh et le ah, un étonnement niais, qui fait de suite, avec raison, classer ces personnes parmi les imbéciles.
* * * * *
———-Cette première scène de LA FAUSTIN, sait-on ce qui m'en a donné l'idée? C'est cette soirée de notre séjour, en 1851, à Sainte-Adresse, où, sur un défi de la Dubuisson, de venir la trouver dans sa chambre, mon frère montait après le treillage, et était auprès d'elle, en une seconde. Alors Asseline, qui avait un coup de cœur pour l'actrice, et qui se trouvait lui dire bonsoir de la rue avec nous, très pâle, me prenant le bras, me disait: «Vous n'avez pas envie de dormir, venez avec moi», et me ramenant à l'endroit, au bord de la mer, où nous avions tous passé la soirée, il se mettait à me crier, dans la belle nuit amoureuse, son amour pour cette femme: un débordement de passion magnifique, que j'ai cherché à transposer dans mon livre.
C'est plein de souvenirs de nous, ce livre. La sensation amoureuse de l'orgue au lit, est une sensation que nous avons éprouvée à l'hôtel de Flandres, à Bruxelles. Et jusqu'à ce nom du cocher Ravaud, c'est le nom du cocher de mes cousines de Villedeuil, du vieux cocher entrevu à l'enterrement de mon frère, qui se rappelait, au bout de près de quarante ans, l'enfant qu'on faisait asseoir sur son siège, et aux petites mains duquel, parfois, il mettait ses guides.
* * * * *
Lundi 31 octobre.—Des affiches de toutes les couleurs, de toutes les grandeurs, couvrant les murs de Paris, et partout étalant en colossales lettres: LA FAUSTIN. Au chemin de fer, une annonce peinte mesurant 40 mètres sur une largeur de 275. Ce matin, le numéro du Voltaire, tiré à 120 000 et donné aux passants. Ce matin encore, distribuée, sur les boulevards, une chromolithographie, représentant une scène du roman, et distribuée à 10 000, et dont la distribution doit durer une semaine.