... J'étais salarié par l'ancien gouvernement comme attaché par lui à la manufacture d'Aubusson; j'étois chargé de faire les tableaux formant une tenture, qu'elle en recevoit tous les deux ans.....
La Révolution ayant détruit cet ordre de choses, j'ai perdu mon emploi, et avec lui, le fruit de quinze ans de travaux dans différents genres de peintures propres à être exécutées dans cette fabrique, que j'avois fait pour parvenir à en obtenir l'agrément.
Comme peintre d'histoire, j'ai constamment exercé l'étude du dessein. Depuis vingt-cinq ans, plus de six cents feuilles de principes et d'études ont été gravées dans le goût du crayon, d'après mes ouvrages. Et le débit continuel qui s'en fait, tant en France que dans tous les États de l'Europe, où l'on cultive les beaux-arts, constate d'une manière certaine leur utilité publique: voilà les titres que je présentois à l'appui de ma demande, et auxquels je joignois les portes que la Révolution m'a fait éprouver, notamment celles que je fis sous le règne du vandalisme, lorsque mon atelier fut dévasté, et une quantité d'objets précieux et utiles à mon art furent détruits, sans que j'aie obtenu aucune part des secours distribués alors, en vertu d'un décret de la Convention, aux sçavants et aux artistes qui ont souffert de la Révolution.
Si le besoin pressant d'être employé m'a fait, il y a deux ans, vivement solliciter une place, ma détresse n'a pu qu'augmenter depuis ce laps de temps: j'ai une femme et deux enfants qui, ayant embrassé mon état, sont dans le cours de leurs études, et par conséquent à ma charge.
Le Clerc[68],
Peintre, rue des Noyers, no 30.
Lemoyne. «Vie ou éloge historique de Jean-Baptiste Lemoyne, ancien Directeur et Recteur de l'Académie royale de peinture et de sculpture par Dandré-Bardon, Paris, 1779»; rare brochure, ainsi que celles dont Dandré-Bardon est l'auteur.
Malbeste. Nous publions ici le traité passé par ce graveur avec le libraire Lamy pour la gravure de «la Revue de la maison du Roi, par Moreau», traité qui, avec le petit motif gravé en spécimen, avec les échelonnements des payements, avec la gratification en cas d'exactitude, avec le nombre d'épreuves d'eaux-fortes avant la lettre et d'épreuves ordinaires accordées à l'artiste, peut être considéré comme un type et comme un modèle des traités passés, en ce temps, entre un éditeur et un graveur.
Nous, Pierre-Michel Lamy, libraire demeurant à Paris, quai des Augustins, voulant faire graver sur cuivre, un dessein fait par Moreau le jeune, représentant «la Revue faite par le Roy des troupes de sa maison à la plaine des Sablons»; nous, Georges Malbeste, graveur, demeurant aussi à Paris, rue Saint-Martin, no 242, demandant cet ouvrage, et ayant fait un petit groupe[69] d'après ledit dessein, pour servir au sieur Lamy à juger de mon talent, dans cet état, nous dits Lamy et Malbeste soussignés, avons fait le traité et convention, cy après écrits.
1o Moi, dit Malbeste, promets audit sieur Lamy et m'oblige envers lui de graver exactement ledit dessein, de même format que la planche de la Revue du Roy, gravée par Lepaon, de commencer tout de suite les travaux de la dite gravure, et de ne pas entreprendre d'autres ouvrages de gravure pour y travailler avant que celle-cy ne soit finie, m'engageant encore à ne rien épargner pour la perfection de la dite gravure, afin qu'elle soit au moins aussi bien faite que le petit groupe, que j'ai fait d'après ledit dessein, reconnaissant avoir reçu de mondit sieur Lamy tant le susdit dessein que la planche de cuivre sur laquelle je dois faire la gravure.
2o Le prix des ouvrages ainsi que des retouches à faire, s'il y écheoit, pour la perfection de la gravure dudit dessein, a été fait et convenu entre nous à trois mille trois cents livres, payables par moi, dit Lamy, en neuf payemens, dont le premier de deux cent soixante-quinze livres a été fait à l'instant, moi, dit Malbeste, reconnaissant avoir reçu du mondit sieur Lamy, la dite somme de deux cent soixante-quinze livres dont je le tiens quitte, et à l'égard du second terme de payement de pareille somme de deux cent soixante-quinze livres, il sera fait, lorsque la première opération de gravure de la dite planche à l'eau-forte sera à moitié faite, ce que moi, Malbeste, promets avoir fait d'ici à la mi-mars prochain. Le troisième payement de cinq cent cinquante livres, aussitôt que la gravure de la dite planche à l'eau-forte sera finie, ce que moi, dit Malbeste, promets avoir fait dans le mois de juin prochain. Le quatrième payement de deux cent soixante-quinze livres sera exigible, lorsque les cieux de ladite planche seront à moitié faits, ce qui sera dans le mois de septembre prochain. Le cinquième payement, aussi de deux cent soixante quinze livres, échoira lorsque les cieux de ladite planche seront finis: ce qui sera dans le mois de décembre de l'année prochaine. Le sixième payement, encore de deux cent soixante-quinze livres, lorsque les figures de ladite planche seront faites à la moitié, ce qui sera à la moitié de février mil sept cent quatre-vingt-sept. Le septième payement, de même de deux cent soixante-quinze livres, sera fait lorsque la gravure des dites figures sera achevée, ce qui sera dans le mois de mars mil sept cent quatre-vingt-sept. Le huitième payement, pareillement de deux cent soixante-quinze livres, lorsque la planche sera aux premières épreuves, ce que moi Malbeste, promets pour la fin du mois d'avril mil sept cent quatre-vingt-sept. Le neuvième et dernier terme de payement de huit cent vingt-cinq livres sera fait lorsque tous les ouvrages à faire pour ladite gravure seront finis et que moi, Malbeste, rendrai ladite planche dûement gravée, ainsi que les susdits desseins, ce que je promets pour la fin de juin mil sept cent quatre-vingt-sept.