«Éloge funèbre et historique de très court, très épais et tout adroit citadin, monsieur maître Nicodème-Pantaléon Tire-Point, bourgeois de Paris, maître et marchand tailleur d'habits, ancien juré de sa communauté, ancien marguillier de sa paroisse... 1776.»—Satire dont la forme est volée au précédent, et qui mentionne la polonaise à brandebourgs, et parle de basques d'habit d'une broderie si délicate, qu'ils ne pouvaient «être aperçus que par des yeux de taupe»[78].
«L'Almanach svelte, pour l'année 1779. A Ratapolis et se trouve à Meaux.»—Un petit almanach gros comme rien, et parfaitement inconnu, contenant des digressions sur les chaussures, sur les chemises, sur les vestes, sur les culottes, et nous donnant dans un récit plein de grâce, l'origine de la vogue de la couleur puce, inspirée, par la vue d'un tout chaud cadavre de puce sur une ongle rose de femme, et qui fit dire au cercle qui l'entourait: «C'est un noir qui n'est pas noir, c'est un brun trop brun... voilà une couleur délicieuse[79].»
Les culottes, à bien des années de là, amenaient la publication des «Recherches et considérations médicales sur les vêtements des hommes et particulièrement sur les culottes par L.-J. Clairian, médecin (an XI)», une dissertation savante avec figures, prenant à partie les culottes incroyablement étroites. Pour la coiffure des hommes, il existe «l'Encyclopédie perruquière, ouvrage curieux par Beaumont, coiffeur dans les Quinze-Vingts... 1757.»—Le texte est une plaisanterie de l'avocat Marchand, mais on y trouve 45 figures représentant les accommodements à la mode du temps, et parmi lesquelles je relève les coiffures à la Port-Mahon, à la Rhinocéros, à l'Oiseau royal, à l'Aile de Pigeon, à l'Aventure, à la Dragonnade, à la Comète, à la Gendarme, à la Gentilly, à la Parisienne, au Petit-Maître, à la Tronchin, à la Conquérant, à la Plus tôt fait, à Ravir. Et le livre avait un tel succès, qu'il reparaissait en 1762, avec une copie en réduction des figures de la première édition. A propos de la coiffure des hommes, il paraissait, en 1778, une espèce d'élucubration fantasque intitulée: «l'Ami de l'humanité, conseils d'un bon citoyen à sa nation, suivis du Chapeau»,—brochure qui recommande aux Français de porter leurs chapeaux sur leurs têtes dans la rue. Et quelques années après que le bonnet rouge eut remplacé sur les têtes françaises le chapeau, c'est un dialogue satirique qui a pour titre: le Bonnet rouge détrôné par le Bonnet vert.
Passons à la toilette de la femme.
«Satire sur les cerceaux, paniers, criardes[80] et manteaux volans des femmes, et sur leurs autres ajustements. A Paris, chez Thiboust, 1727.»—De méchants vers ridiculisant les troussures équivoques et ces cercles montés en gradins, qui faisaient, des cotillons, des ruches à miel, se plaignant, au nom des galants, de l'incivile disposition du traquenard, le premier cerceau d'en haut, et donnant à voir la femme du temps avec de tous côtés «un arpent de derrière».
«La petite Bibliothèque amusante; London, Printed for Crowder 1781», contient, à la page 123 de la seconde partie, un chapitre renseignant sur les paniers et qu'on ne trouve que là. Il y est question des paniers à gondoles, qui faisaient ressembler la femme à une porteuse d'eau, des paniers nommés cadets qui ne descendaient que de deux doigts au-dessous du genou, des paniers à bourrelets munis d'un gros bourrelet qui faisait évaser la jupe, des paniers fourrés, dont les hanches étaient garnies, des paniers à guéridon, et des paniers à coudes préférés aux paniers à guéridon, et ainsi appelés, parce qu'ils étaient plus larges en haut qu'en bas et que les coudes reposaient dessus. Un moment, on vit des paniers qui avaient trois aunes de tour. Les paniers étaient ordinairement cerclés de cinq cercles, ceux à l'anglaise en comptaient huit. En dernier lieu, la cage à volaille était remplacée par une jupe de forte toile, sur laquelle étaient cousus des cercles de baleine. Et avec les paniers les corps baleinés. Ces corps baleinés amenaient, en 1770, la publication de «l'Avis important au sexe ou Essai sur les corps baleinés, pour former et conserver la taille aux jeunes personnes, par M. Reisser l'aîné, Allemand, tailleur pour femme à Lyon. Lyon, Béguillat, libraire,» avis dans lequel l'Allemand Reisser s'élevait à la fois contre les corps à la grecque qui n'habillaient point les flancs, creusaient au défaut de la gorge, arrondissaient le dos, et contre les corsets à plastron adoptés par les femmes à embonpoint et qui leur donnaient l'apparence d'une grossesse.
Le danger autrement sérieux des corps baleinés faisait paraître la même année: «Dégradation de l'espèce humaine par l'usage des corps à baleine, ouvrage dans lequel on démontre que c'est aller contre les lois de la nature, augmenter la dépopulation, et abâtardir, pour ainsi dire, l'homme, que de le mettre à la torture dès les premiers moments de son existence, sous prétexte de le former[81], par M. Bonnaud. A Paris, chez Hérissant.»
Maintenant, ce sont des brochures et des feuilles volantes, concernant les choses les plus diverses de la toilette des femmes.
«Les Étrennes fourrées, dédiées aux jeunes frileuses, ou pelisses sympathiques; Genève, 1770,» nous indiquent les fourrures portées par les femmes à l'Opéra, et les manchons de tourterelles remplacés par les manchons de plumes de coq, dans lesquels seuls, à l'heure présente, les femmes voulaient mettre les mains. Des Déclarations du Roi, du commencement du siècle, défendent aux femmes et aux filles, non mariées, de commissaires, marchands, procureurs, notaires, huissiers et artisans, de porter aucune pierrerie de quelque nature que ce puisse être, à la réserve de quelques bagues; déclarations auxquelles il est dérogé par de nouveaux arrêtés qui permettent, à certaines de ces femmes, de porter des boucles d'oreille et pendeloques, une croix, un coulant et une boucle de ceinture de diamants ou d'autres pierreries, pourvu que le tout n'excède pas deux mille livres. Une Ordonnance de police de 1782 défend la fabrication ou vente et usage de rubans, chapeaux, éventails, gazes et étoffes et autres objets de parure brillantés avec du verre, se basant sur les accidents qui sont survenus par suite de l'emploi du verre blanc pilé, introduit dans ces objets. Enfin une brochure rarissime: «la Véritable Ressource qu'on peut tirer du rouge, en faveur des pauvres femmes et veuves d'officiers», par le chevalier d'Elbée, nous renseigne sur l'énorme emploi du fard, nous donne ce détail curieux que Montelat, marchand de rouge, rue Saint-Honoré, en vendait six douzaines de pots par an à Mmes Dugazon et Billioni, et qu'à la Roquette, chez la faïencière Petit, il se fabriquait, chaque jour, trois mille de ces pots. Le chevalier d'Elbée estime enfin qu'il se consomme deux millions de pots de rouge, à six francs dans le royaume.
Mais il s'agit à présent de la coiffure, et voici toute l'armée des écrivains capillaires: coiffeurs ou hommes de lettres.