Août est arrivé: un ruissellement d'une lumière comme mouillée sur le recroquevillage luisant des houx, d'une lumière pétillante et micacée sur le frisotis des genévriers, d'une lumière métallique sur le lisse des magnolias, des lauriers, des crategus dont la tête semble laquée de rouge. Tout luit, tout brille, tout éclaire. L'incendie du soleil met sur toute cette verdure exotique un vernissage aveuglant, et moi à qui on reproche d'aimer les arbres de zinc, je regarde cela parfaitement heureux, d'une petite allée à l'ombre parfumée, au cailloutis de rivière si joliment blanc après une ondée, et qui serpente entre des troncs d'arbres habillés de lierre, et qui est bordée de petits arbustes baroques, un peu parents des chênes en pot de la Chine. Souvent, de cette allée qui serpente autour du rocher, où se dresse mon dauphin de Saxe, j'ai l'amusante représentation d'un oiseau venant prendre son bain dans la vasque, du barbotage tapageur et presque colère avec lequel il s'inonde d'eau, et dont il sort, le vol lourd et secouant des gouttelettes de pluie.

Puis septembre, où dans l'affolement de la feuillée, dans les projections désordonnées d'une verdure délustrée, et qu'on ne sent plus parcourue par la vie humide de la sève, apparaissent quelques roses aux maigres folioles et qui ne sont plus doubles, quelques incomplètes clématites du Japon, quelques tardives fleurs de magnolias au milieu de feuilles qui se bronzent. Et c'est encore l'heure du fleurissement frisé des althæa au cœur mauve, et l'heure dans l'échevellement des fuchsias, des mille petites fleurs aux longs pistils, toutes semblables à de petits glands de passementerie rouge, accrochés à un arbuste. Et parmi les derniers rouges de la flore, dans le jardin défleuri, l'heure de la note intense, brutale, massacrante des géraniums, ces fleurs qui semblent peintes avec le minium dont on enduit le fer.

Octobre! les rhododendrons grippés jusqu'à midi par la gelée blanche des matinées, les grandes feuilles caduques des magnolias, au vert mangé par les limaces, et dont le réseau textile, à jour, ressemble à une toile d'araignée perlée de rosée, le feuillage des azalées devenu pourpre; et sur le pourpre, le roux, le jaune, et sur le noir des ramilles et des branchettes des grands arbres à moitié dépouillés, et sur la constriction des dernières feuilles, et sur ce violet de l'hiver qui commence à se glisser dans les fourrés, d'étroits coups de soleil bornés par de l'ombre froide.

Novembre. Une lumière d'éclipse, dans laquelle vole la rouille des dernières feuilles.

Décembre. De la neige, partout de la neige. Un jardin disparu, abîmé, où de temps en temps, de dessous la blancheur, émerge un rameau vert aux feuilles contractées et colères, tandis qu'un gros flocon descend à terre, en se balançant à la façon d'une plume tombée d'une aile. Et dans le jardin peu à peu réapparaissant, les deux amours de bronze du perron, gardant des jours entiers sur leur tête, un monceau de neige qui leur fait d'énormes perruques blanches, au-dessus de leurs mignons petits corps.

Ou bien si ce n'est pas de la neige, c'est la vue, dans un bain de lumière jaune, des grands arbres filigranés de grésil, et faisant l'effet de gigantesques madrépores de cristal, aperçus dans l'eau sale d'un aquarium abandonné.

Infortuné jardin, qui peut-être est mort, tué par la gelée de cet hiver, au moment où j'en fais la description, bien souvent au retour d'un dîner d'hommes de lettres, les yeux pleins des reflets brûlants du gaz, la cervelle encore échauffée du capiteux des idées, des paradoxes, des paroles de tout à l'heure, j'ouvre une fenêtre sur la nuit, et m'appuyant à la barre, la tête avancée dans le noir, le silence, la senteur de bois montant d'en bas, en ce grand calme de la nature, où ne se perçoit plus que pianissimo le chœur coassant des grenouilles de la mare d'Auteuil, j'éprouve comme une jouissance de me sentir, à la fois, si près et si loin de Paris.

NOTES

[1] En 1802 a paru chez Hocquart, en trois volumes, l'ouvrage intitulé: «Les Sérails de Paris, ou Vies et portraits des dames Paris, Gourdan et Montigni et autres appareilleuses.»

[2] A ces romans il faut ajouter les recueils de nouvelles très peu historiques qui suivent: Histoire des filles célèbres du dix-huitième siècle, 1781, par Desboulmiers; le Palais-Royal, 1790, par Rétif de la Bretonne; la Confession galante de six femmes du jour, 1797, par Rosny.