Marie Ange Bernd de Rasoir, barone de Noyelle, dame et vicomtesse héréditaire du pays de Langle, dame de Cherens, Briatre, le Hove Rasoir.—Peinte par de Pasche, peintre du roi de Danemarck, gravée par Gaucher en 1781.—Une femme d'un certain âge, à la figure cabossée, aux prunelles de velours noir dans des carnations blondes. Sous un encrier est une lettre portant pour souscription: «A mon fils l'abbé Carondelet, en Sorbonne.»
Élisabeth-Charlotte, Palatine du Rhin, duchesse d'Orléans.—Peinte par Rigaud, gravée par Marie Horthemels.—La mère du Régent, l'Allemande «à la figure et au rustre d'un Suisse», dit Saint-Simon, étale sa large face, son sourire scatologique, ses fanons mollasses, dans l'hermine d'un manteau brodé de fleurs de lis, une plantureuse main posée sur une couronne.
Louise-Henriette de Bourbon-Conty, duchesse d'Orléans, née à Paris le 20 juin 1726.—Peinte par Pottier, gravée par Petit.—La belle et galante princesse, mère de Philippe-Égalité, et à laquelle «le Palais-Royal», publié à Hambourg en 1806, donne pour premier amant le peintre Boucher, dans une séance où le modèle posait en déshabillé mythologique, n'a rien dans ce portrait des grands yeux vifs et du petit nez polisson du portrait de la suite de Desrochers, où en son décolletage, coupé par une guirlande de roses, elle ressemble à une humaine divinité d'Opéra.
La duchesse d'Orléans serait aussi anonymement peinte avec un nez busqué, qui n'existe en aucun de ses autres portraits, dans la composition de Nattier gravée par Hubert et qui a pour titre Mme la duchesse de *** en Hébé.
«Sous le riant aspect de Flore.» (Portrait de Mme de Parabère désignée seulement par des vers qui célèbrent la blancheur de son teint: «le beau morceau de chair fraîche» qu'elle était, selon l'expression de la princesse palatine).—Peinte par Rigaud, gravée par Vallée.—La maîtresse du Régent, son petit Corbeau noir ainsi qu'il l'appelait, est représentée cueillant une tige d'œillet, dans une campagne éclairée par un soleil levant, et où un négrillon lui tend une corbeille de fleurs. De la délicatesse ciselée de ses traits, de la nature frêle de la grande dame galante aux nerfs d'acier pour le plaisir et l'orgie, Vallée n'a rien conservé, ainsi que l'établit la comparaison de sa gravure avec la peinture originale de Rigaud, conservée au château de Boran chez Mme de Parabère-Sancy.
Portrait de feu madame la duchesse de Polignac.—Fait de mémoire par Mme Lebrun, gravé à Vienne par Fisher en 1794.—De grands yeux bleus profonds et expressifs, un petit nez terminé par un méplat moqueur, une bouche ravissamment découpée et entr'ouverte sur de petites dents blanches d'enfant: ainsi apparaît Mme de Polignac, coiffée de ses touffus cheveux bruns aux petites boucles folles, sous un bonnet de linge ruché, attaché sous le menton, les épaules et la poitrine couvertes d'un grand fichu menteur, noué à la petite fille derrière le dos.
La Belle Jardinière. Portrait de Mme la marquise de Pompadour.—Peint par Vanloo, gravé par Anselin.—Le portrait officiel de la vraie reine de France, de 1750 à 1764, de la femme «à la beauté sans traits», selon l'expression du temps, mais faite d'un sourire tout à elle, du blanc éblouissant de sa peau de lymphatique, du charme mystérieux de ses yeux qui n'étaient ni noirs, ni bleus, ni gris, et qui avaient la finesse des yeux gris, la langueur tendre des yeux bleus, l'éclat des yeux noirs. A ce portrait qui est chez moi avant la lettre, avec des travaux manquant sur la chemisette, à l'ovale grassouillet de Vanloo, je préfère le petit profil de Cochin, gravé par Augustin de Saint-Aubin en 1764, et reproduisant la favorite, le chignon lâche et les cheveux crêpés en accommodage du matin, et les ruches d'un manteau de lit jouant autour de sa gorge. C'est le portrait qui donne le mieux l'idée de la grâce spirituelle de la physionomie de Mme de Pompadour et du «sourire délicieux» dont parle Leroy, le lieutenant des chasses de Versailles.
On veut encore voir une Mme de Pompadour dans «la Jardinière» gravée en manière de pastel par Bonnet. Ce n'est pas impossible, mais c'est une Pompadour bien peu déniaisée. Disons toutefois que cette planche est une merveille d'exécution et d'un art tout à fait perdu, et que le velouté, le plucheux des crayons de pastel, y est imité à passer le doigt dessus pour s'assurer si c'est vraiment de la gravure. Le malheur, qu'avec un procédé pareil, Bonnet n'ait pas choisi, pour ses reproductions, des peintures plus sérieuses! Songe-t-on ce que serait une collection des préparations de La Tour ainsi exécutées?
Je ne veux pas abandonner Mme de Pompadour sans parler d'une petite estampe qu'il faut joindre à ses portraits: l'estampe dessinée et gravée par Cochin sur un bruit de la convalescence de la favorite pendant sa dernière maladie, et abandonnée sur la nouvelle de sa mort. C'est un cartel représentant, sous un soleil voilé, les Muses de la peinture et de la Musique suppliantes, pendant que la Médecine arrête la Parque, au moment où elle va couper le fil de vie de la marquise, cartel que devait remplir cette chanson de Favart, faisant allusion à une éclipse de soleil, qui avait concordé avec la maladie de la Pompadour:
Le soleil est malade