Ces vers et leur traduction pourraient être meilleurs; mais ils expriment des sentiments qui valent mieux que de beaux vers.

On pense bien que Pavie et son université ne sont pas oubliées dans la relation rédigée par Jean Adorne: elle contient, à cet égard, des détails qui ne sont point sans intérêt, mais qui ne peuvent entrer dans le cadre que nous avons choisi. Nous nous bornerons à quelques traits. La pureté de l'air, l'abondance d'une eau fraîche et limpide, la propreté des rues, concouraient à faire de Pavie un séjour agréable et sain. Son enceinte était défendue par des tours carrées, bâties en brique; nos voyageurs jugèrent qu'on les avait fait si hautes et si massives autant pour contenir les habitants que pour aider à la défense. L'idée des forts détachés, ou du moins le reproche qu'on leur adressait, date, comme on voit, de loin.

On remarquait encore, à Pavie, la cathédrale, d'antique architecture. Devant le portail, au centre d'un parvis carré, s'élevait une statue équestre, en bronze, emportée jadis de Ravenne comme un trophée. L'on supposait qu'elle représentait Théodoric, roi des Goths. L'église du monastère des Augustins, qui renfermait les restes du saint évêque d'Hippone et ceux de Boëtius, la tour où cet homme célèbre fut enfermé par ordre de Théodoric et où il écrivit le livre de la consolation, attirèrent aussi l'attention du sire de Corthuy, sous la conduite de son fils; mais ils tombèrent d'accord que les deux merveilles de Pavie étaient un pont de marbre fort long et couvert, jeté sur le Tésin, et un magnifique château construit par Galeas. «Il est carré, avec une tour à chaque face,» est-il dit dans l'Itinéraire. «Un homme d'armes peut parvenir, à cheval, jusqu'au sommet du bâtiment sans baisser sa lance. En arrière du château, s'étend un vaste parc environné de murailles et divisé, par d'autres murs, en compartiments dont chacun est réservé à une espèce différente d'animaux sauvages et renferme un bassin d'eau vive où ils viennent se désaltérer. La plus belle chartreuse que nous ayons vue, soit en Italie, soit ailleurs, s'élève au milieu des ombrages de cette royale solitude.»

Ce ne fut pas sans émotion que Jean Adorne quitta Pavie, où il avait passé cinq années. Les professeurs et les élèves de l'université lui firent un affectueux cortége jusqu'à un mille de distance. Là, sur les bords du Pô, que le chevalier avait à franchir pour se rendre à Gênes, son fils et les amis dont il se séparait, probablement pour toujours, échangèrent leurs adieux.

Le soir du même jour, après avoir traversé Voghera, que le comte de Verrina tenait en fief du duc de Milan, notre voyageur et ses compagnons arrivèrent à Tortone.

V

Gênes-la-Superbe.

Tortone. — Souvenir de Frédéric Barberousse. — Le château de Blaise d'Assereto. — L'épée d'Alphonse le Magnanime. — Bruges et Gênes. — Les montagnards de l'Apennin. — Saint Pierre d'Arena. — Les maisons de campagne. — Jacques Doria. — Fêtes et banquets. — Dîner de famille. — Les belles Vénitiennes. — Aspect de Gênes et de Damas. — Les môles. — Pourquoi Gênes est surnommée la Superbe. — Caractère des Génois. — Les trois classes d'habitants. — Causes de la supériorité de la marine génoise. — Une négociation délicate. — Les galères à vapeur.

Tortone avait un assez bon château. Sa cathédrale dressait son campanille au sommet d'une montagne sur laquelle une partie de la ville était bâtie; le reste occupait la plaine et avait été construit par les ordres du duc de Milan pour réparer les désastres de guerres de Lombardie, au temps de Frédéric Barberousse.