«Il ne règne point,» est-il dit dans l'Itinéraire du baron de Corthuy, «par droit de naissance, mais à la manière des empereurs, par élection et souvent par violence. Il est toujours pris parmi les Mamelucks: le plus puissant d'entre eux est choisi, ou s'empare du pouvoir. Ensuite il se fait reconnaître par le Calife, qui est comme le pape des musulmans.»

En effet, lors de l'invasion des Mogols sous Dscingis-Khan et ses successeurs, les Mamelucks en avaient arrêté le torrent, et ils avaient accueilli un rejeton des Abassides qui porta au Caire l'ombre du califat.

Le Soudan qui régnait à l'époque du voyage d'Adorne et que Breidenbach trouva encore sur le trône, s'appelait Caiet-Bey, surnommé, selon Macrisi, auteur arabe, al Malek, al Aschraf, al Mahmudi, al Daheri. Ce souverain avait été esclave de Barsé-Bey.

Affranchi par le Soudan Malek-el-Daher, il fut choisi pour occuper la même place, l'an 872 de l'hégire (1467). Son règne dura près de trente ans. A sa mort, son autorité se trouva si bien affermie qu'il la laissa à son fils âgé seulement de 16 ans; mais bientôt celui-ci fut massacré, et le pouvoir passa de main en main, jusqu'à ce que Canso, l'un de ceux qui en furent successivement revêtus, ligué avec Schah-Ismaïl, souverain de la Perse, contre le sultan Sélim, ayant été vaincu près d'Alep, en 1516, l'Égypte devint une province de l'empire ottoman.

L'Itinéraire donne des détails curieux sur les Mamelucks au temps de leur puissance.

«Il gouvernent tout à leur volonté. Les Maures leur obéissent en tremblant. Que de fois n'avons-nous pas vu cette soldatesque les accabler de coups en pleine rue, soit pour ne pas avoir salué avec assez de respect, soit pour d'autres motifs, et le plus souvent sans motif! Ni leurs biens, ni leurs femmes ou leurs filles, ne sont à l'abri de la convoitise des Mamelucks; ils séduisent facilement celles-ci, car ce sont en général des hommes de belle taille et de bonne mine. La plupart sont des renégats chrétiens, soit grecs, soit russes, soit scytes, albanais ou esclavons.

«Leur adresse à cheval est admirable. Souvent, dans leur galop rapide, nous leur vîmes ramasser à terre leurs flèches. Jamais ils ne paraissent dans la campagne sans leurs arcs, leurs traits, leur épée, et aucun Maure ne peut se montrer avec de telles armes qu'avec leur congé.

«A une vie privée molle et voluptueuse, ils savent unir, au besoin, une vie publique mâle et guerrière. Pour le surplus, ils ne songent qu'à pressurer les Maures et les étrangers. Leurs paroles et leurs manières sont douces et flatteuses; mais leurs actions n'y répondent guère. Tous reçoivent du Soudan une solde proportionnée à leur rang.»

Tels étaient le monarque et les guerriers dont la présence devait ajouter à l'éclat de la fête que nous allons décrire.

Dans une île du Nil, en face du Caire (l'île de Rondah), s'élevait un vaste édifice, semblable à un château, bâti en partie sur la rive du fleuve, en partie dans l'eau même qui la baigne. Là se voyait le Mékias ou Nilomètre, qu'un voyageur moderne décrit comme une colonne octogone d'un seul bloc de marbre d'un blanc jaunâtre, avec un chapiteau doré d'ordre corinthien. Cette colonne est divisée en coudées d'Égypte, et elle est placée au milieu d'un puits ou bassin carré dont le fond est de niveau avec le lit du Nil. Elle se trouvait autrefois dans un temple de Sérapis; les musulmans la renfermèrent dans une mosquée aujourd'hui en ruines. Le puits dans lequel elle est maintenant est recouvert d'un dôme en bois chargé de peinture. L'édifice décrit dans notre Itinéraire devait être une construction plus solide et plus imposante.