«Sous le nom d'église du Saint-Sépulcre, on comprend deux églises réunies sous un même toit. Celle du Saint-Sépulcre, proprement dite, est vaste et de forme ronde. L'autre, celle du Golgotha, qui sert de chœur à la première, est oblongue et un peu plus basse.»
«Ce temple, qui renferme plusieurs lieux sanctifiés par la passion du Seigneur, est magnifiquement orné, à l'intérieur, de colonnes de marbre; il a deux tours: l'une, à l'occident, bâtie en briques, est carrée et fort haute; l'autre est ronde, large et peu élevée: celle-ci est couverte en plomb.»
«Au milieu de la seconde église est l'endroit où le corps de Jésus fut déposé, lavé et enduit de parfums.» (La pierre de l'onction.) «Près de là s'élève le Calvaire où l'on monte par deux escaliers.»
«Au centre de la première église est un petit édifice quadrangulaire, mais plus long que large: c'est le lieu de la sépulture de notre Seigneur. La tour ronde (coupole) s'élève précisément au dessus.»
En comparant les descriptions des lieux saints que présentent divers récits de voyages faits au moyen âge, nous trouvons entre elles beaucoup de ressemblance; il semblerait même qu'elles eussent un type commun dans quelque ouvrage usuel qui passait de main en main. On ne doit guère s'attendre à y rencontrer l'expression vive, et pour ainsi dire passionnée, de l'émotion que tout chrétien, et même tout homme qui pense, éprouve à la vue de cette tombe, point de départ d'une ère nouvelle de régénération morale et de civilisation plus humaine et plus pure que l'ancienne; mais alors la foi avait un empire si peu contesté, la religion tenait tant de place dans tous les actes de la vie, qu'on ne songeait pas même à rendre des sentiments si bien compris de chacun.
L'entrée de l'église du Saint-Sépulcre n'était point libre; il fallait, pour y pénétrer, obtenir la permission du trucheman du Soudan et payer un tribut d'environ 5 ducats par tête. Aujourd'hui, cette permission s'accorde avec moins de difficulté. Après de si grands changements dans la situation politique de l'Orient, malgré la décadence de la puissance musulmane et l'ascendant de l'Europe, les infidèles sont pourtant encore les gardiens de la tombe du Christ. Ne semblerait-il pas que cette main cachée, qui, au témoignage d'Ammien Marcelin, repoussa la tentative de Julien pour rebâtir le temple des Juifs, ait aussi tantôt déjoué, tantôt paralysé les efforts des chrétiens pour ressaisir le principal monument de leur foi? Peut-être le fallait-il ainsi, pour laisser au saint tombeau la majesté de la distance et le mettre à l'abri d'outrages que lui épargnent ses barbares geôliers.
L'église du Saint-Sépulcre, néanmoins, s'ouvrait à tous les chrétiens lors de certaines fêtes solennelles. Le sire de Corthuy se trouvait à Jérusalem quand on célébrait celle de l'Exaltation de la Croix. Il fut témoin, pendant la nuit, des offices des diverses sectes chrétiennes, à chacune desquelles un emplacement déterminé est assigné dans l'église du Saint-Sépulcre. «Il y avait des Grecs, tant Caloyers que prêtres séculiers: c'était dans le chœur qu'ils célébraient le service divin. Il y avait des Indiens ou Abyssins, des Jacobites, des Arméniens, des Géorgiens, des Syriens, des Nestoriens, enfin des Latins, parmi lesquels on comprend les Maronites depuis qu'ils sont rentrés dans le sein de l'Église romaine.»
Ce passage et un autre que nous citerons, peuvent servir à éclaircir la controverse qui s'est élevée au sujet de ces chrétiens, disciples, selon les uns, d'un Maron qui suivait l'erreur des Monothélites, tandis que d'autres soutiennent qu'ils n'ont jamais cessé de professer la religion catholique[61].
A propos de ces diverses sectes, notre manuscrit entre dans quelques détails au sujet des peuples qu'on vient de nommer: «Les chrétiens syriens,» y est-il dit «forment le gros de la population de la terre sainte. Ils sont, pour la plupart, doubles et sans foi comme les Grecs; ils enferment leurs femmes comme les musulmans; ils célèbrent solennellement l'office divin le samedi et mangent, ce jour-là, de la viande, comme les Juifs. Quant aux Géorgiens, ce sont des hommes belliqueux et intrépides; leur valeur les a rendus redoutables aux Sarrasins: entre les Géorgiens et les Arméniens règne une haine implacable.»
Nos voyageurs ne purent apercevoir qu'à travers une fenêtre le lieu de la sépulture des rois de Jérusalem, dont les musulmans ont fait une mosquée.