Le mont des Oliviers, d'où le sire de Corthuy et ses compagnons avaient aperçu l'intérieur de la mosquée d'Omar, les attirait de nouveau à des titres plus puissants. On y contemple encore les oliviers sous lesquels le Seigneur vint prier avec ses disciples. Cette montagne, la plus haute des environs, est séparée du mont Moriah par la triste vallée de Josaphat. «Là,» porte notre manuscrit, «coulait autrefois le torrent de Cédron.» S'il s'exprime ainsi, c'est que ce torrent est à sec. Dans cette vallée, nos Flamands virent «un fort belle tour de marbre, peu élevée, qu'Absalon fit construire pour sa sépulture.» Après avoir fait mention du champ du pottier, sur le penchant de la sainte montagne, l'Itinéraire ajoute:
«A deux jets de baliste, est la caverne du Lion, dans laquelle furent ensevelis dix mille martyrs, morts pour le nom de Jésus-Christ, au temps de Chosroës, roi de Perse. Près de là ont été creusées, dans le rocher, plusieurs grottes destinées à servir de retraites ou d'oratoires; l'aspect de ces lieux est aussi agréable que propre à exciter un saint recueillement[62].»
Le sire de Corthuy et ses compagnons allèrent visiter, à quatre milles de Jérusalem, la petite ville de Bethléem, dont ils trouvèrent le site non moins admirable que celui d'Hébron. «Elle est entourée de vallées profondes, fertiles et délicieuses, qui lui font des fortifications naturelles et la rendent un des lieux les plus délicieux de la terre.»
«A l'endroit où naquit le Sauveur, a été bâtie une belle et vaste église, consacrée à la Vierge, et bien faite pour animer la piété des fidèles. Cette église est couverte en plomb et richement ornée de marbres et de mosaïques qui figurent la généalogie du Christ. De chaque côté de l'église, on voit des colonnes de marbre poli que quatre hommes peuvent à peine embrasser. Le pavé est formé de marbre resplendissant. Nulle part en Terre Sainte nous ne vîmes d'église plus riche ou d'une architecture plus élégante; il est fâcheux, seulement, que ses tours et ses murailles soient un peu délabrées.»
Ainsi s'exprime Jean Adorne dans l'Itinéraire de son père. Le délabrement qui commençait à se faire apercevoir alors, paraît, d'après des relations plus modernes, avoir fait depuis de grands progrès.
En revenant de Bethléem, nos voyageurs parcoururent les montagnes de Judée, qu'on rencontre à cinq milles de Jérusalem. Ils virent Béthanie à quinze stades de cette ville, au pied de la montagne des Oliviers; le mont de la Quarantaine; Jérico dont il ne restait plus qu'un petit édifice, probablement le château du gouverneur, tour carrée, aujourd'hui tombant en ruine; enfin le Jourdain qui coule à moins d'un mille de là. «En cet endroit, il n'est ni large ni profond, et son fond est limoneux. Il nourrit d'excellents poissons; son eau est douce et agréable.» Monument des vengeances divines, la mer Morte appelait à son tour leur attention. Après ces diverses excursions, il ne restait plus au Chevalier qu'à faire ses préparatifs de départ. Bientôt le premier but d'un voyage si long et si périlleux, l'objet de tant de vœux formés dès sa jeunesse, Jérusalem, ne devait plus être pour lui qu'un souvenir.
V
L'émir Fakhr-Eddin.
Le guide Hélie et le muletier Abas. — Ramla. — Tumulte. — Les corsaires. — L'émir généreux. — Interrogatoire. — Sage réponse du sire de Corthuy. — Nazareth. — La foire de Jefferkin. — Ce qu'on y vendait. — Les sauvages de Bruges. — La mer de Galilée. — Saphet et les Templiers. — Le puits de la Samaritaine. — Caverne de Mouchic. — Hospitalité des Turcomans. — Tombeaux antiques de Sibiate. — Arrivée à Damas.