Le Rhin.
Le Tyrol. — Mariaen. — Hélénora Stuart. — Mols. — Entretien de Sigismond d'Autriche avec le sire de Corthuy. — Bâle. — Strasbourg. — La cathédrale. — Le chevalier Harartbach. — Les reîtres. — Les portes de Worms. — Le cours du Rhin. — Cologne. — Aix-la-Chapelle. — L'anneau magique. — Maestricht. — Anvers. — Accueil que font les Brugeois à Anselme Adorne.
Ce qu'offre de plus remarquable la partie du voyage d'Anselme Adorne, qui nous reste à raconter, c'est l'entrevue de celui-ci avec Sigismond d'Autriche.
Issu de Rodolphe de Hapsbourg, ce prince avait pour aïeul le valeureux Leopold, tué à Sempach, et était cousin de l'empereur Frédéric III, auquel, dit Æneas Sylvius, les princes allemands obéissaient quand ils le voulaient; ce qui arrivait rarement.
Cette branche avait pour apanage le Tyrol et quelques autres États; mais, selon notre manuscrit, Sigismond prenait, comme l'Empereur régnant, les titres de duc d'Autriche, de Styrie, de Carinthie et de Carniole. Il eut de longs démêlés avec les Suisses et y perdit le Turgau. C'est pour subvenir aux frais de cette guerre, qu'il avait récemment engagé au duc de Bourgogne le comté de Ferrette et plusieurs villes d'Alsace et de Souabe.
Notre chevalier, après avoir passé par Trente et traversé une belle vallée qu'arrose une large rivière, arriva à Marano ou Mariaen, petite ville qui était la capitale du Tyrol. Néanmoins ce n'était pas là, mais à Inspruck, que Sigismond faisait sa résidence ordinaire.
A Brixen, Anselme Adorne rencontra la duchesse, qu'il alla saluer, avec d'autant plus d'empressement qu'elle tenait à la maison royale d'Écosse. C'était Hélénora Stuart, sœur de Jacques II.
Comme le chevalier approchait de Mols, appelé aussi Sevenkirchen, il aperçut à l'entrée de ce bourg une troupe nombreuse et brillante de cavaliers. A leur tête était Sigismond avec qui il eut un long entretien.
Le duc protesta de sa bonne volonté pour Charles le Téméraire. «Je viendrais moi-même en personne lui amener du renfort,» dit-il, «n'était-ce d'un petit démêlé que j'ai avec certains montagnards.»
L'Itinéraire les nomme Angelini: ils vivaient en commun au nombre d'environ seize cents, habitant une vallée resserrée entre des rochers et à laquelle on n'avait d'accès que par un défilé fort étroit, ce qui rendait cette peuplade très-difficile à réduire.