Le 20 mars, nos voyageurs atteignirent «la charmante ville de Bâle, dont les maisons sont bâties avec autant d'élégance que de luxe.» Le lendemain ils passèrent le Rhin en face de Strasbourg, sur un pont en bois de plus de cent arches. Dans cette ville, ils ne manquèrent pas d'aller contempler la cathédrale, l'une des plus belles églises qu'ils eussent vues. Ils admirèrent surtout la flèche, fort haute et ornée de diverses sculptures. Ils avaient vu des tours plus élevées, mais aucune qui leur parût offrir un aspect plus agréable.

Le sire de Corthuy entra, pour descendre le Rhin, dans une barque assez grande, puisqu'elle put contenir d'autres passagers, sa suite et ses chevaux. Il s'y trouvait déjà un homme d'un visage mâle et ouvert, accompagné d'une dame dont l'extérieur annonçait un rang élevé: c'était un chevalier strasbourgeois, nommé Hans Harartbach, qui voyageait avec sa femme. Cette société, outre qu'elle fut très-agréable à Anselme, lui fut encore d'un grand secours.

Le village d'Ingelsheim, où l'on s'arrêta le soir, était infesté par des reîtres qui y vivaient à discrétion et y commettaient toute sorte de désordres et de violences. Nul moyen de s'y procurer des vivres. En revanche, tout était à craindre de l'insolence de cette soldatesque. Harartbach avait, heureusement, pris ses précautions contre ces deux inconvénients. Non-seulement il s'était muni de provisions qu'il partagea gaîment avec les Flamands, mais il avait fait venir, pour lui servir d'escorte, des gens bien armés qui tinrent les reîtres en respect.

Les deux chevaliers se séparèrent avec des témoignages réciproques de considération, et le Brugeois poursuivit sa navigation; de Strasbourg à Cologne, elle ne dura pas moins d'une semaine. Le 24 mars, il comptait passer la nuit dans la petite mais forte ville de Worms; mais, lorsqu'il y arriva, les portes étaient fermées et elles ne s'ouvraient plus à cette heure. On ne voyait à l'entour aucune habitation: il fallut coucher à la belle étoile. Par grâce, on fit passer à travers une lucarne un pain de médiocre grandeur et quelque peu de vivres pour le souper de nos voyageurs, ainsi que du pain pour leurs chevaux.

Voilà les seuls incidents de leur trajet sur le Rhin. Ils furent charmés de voir, sur ses bords, les châteaux et les villes, munis de toits d'ardoises, ce qu'ils n'avaient pas rencontré dans le Midi. L'Itinéraire fait aussi mention des montagnes entre lesquelles le Rhin commence à couler prés d'Openheim, et qui, en dessous de Mayence, prêtent à son cours de si pittoresques aspects.

Le 28 mars, au lever du soleil, notre chevalier aborda à cette colonie sainte (Cologne), «si justement appelée ainsi, à cause des martyrs qui l'ont arrosée de leur sang.»

Pour se rendre à Aix-la-Chapelle, il fut obligé de se pourvoir d'une escorte; elle fut changée au village de Berchem et à Juliers, sans doute à cause des différentes dominations qu'il traversait.

Dans la ville de Charlemagne, renommée, alors comme aujourd'hui, pour ses bains naturels d'eau chaude, on expliqua à nos voyageurs la fondation de l'église de Notre-Dame, d'une manière qui leur parut un peu difficile à croire; pourtant il en a été tenu note, sous toute réserve, dans leur Itinéraire.

Cette légende y est racontée avec simplicité. Quoiqu'elle ait déjà été recueillie dans plus d'un ouvrage moderne, comme il y a quelques différences dans les détails, nous croyons qu'on nous saura gré de la reproduire ici.

L'ANNEAU ENCHANTÉ.