C'est au commencement de septembre qu'avait lieu, chaque année, dans cette ville, le renouvellement du Magistrat: des commissaires nommés par le duc y présidaient. Ce furent, cette fois, Guy de Brimeu, sire d'Humbercourt, comte de Meghem, Guillaume de Clugny et le prévôt d'Utrecht.
Le duc de Bourgogne, qui employait des Flamands en Hollande, choisissait pour ses délégués en Flandre des personnages étrangers à cette province. Une sorte de fusion monarchique s'opérait ainsi au profit de son autorité. C'étaient, du reste, trois de ses principaux et plus affidés conseillers, et l'on voit par là quelle importance il attachait au choix qui allait avoir lieu. Il tomba sur le sire de Corthuy pour les fonctions de bourgmestre de la commune, tandis que celles de premier bourgmestre étaient conférées à Paul Van Overtveldt ou Descamps, conseiller du duc, qui les avait déjà plusieurs fois remplies et avait exercé celles de bailli.
Nous avons dit ailleurs combien les premières dignités municipales des grandes villes de Flandre étaient ambitionnées et environnées de considération; néanmoins, les funestes conjectures qui commençaient à poindre à l'horizon et celles que nous venons d'indiquer, rendaient alors ces honneurs peu enviables. Le plus sage, ou, du moins, le plus heureux pour notre chevalier, eût été de s'y dérober; mais il n'était point fait pour l'inaction: il jugeait probablement qu'il y a plus de prudence que d'honneur à s'éloigner d'une cause lorsqu'on en voit pâlir l'étoile; il aimait sa ville natale et pouvait se flatter de lui être utile. En passant par des mains bienveillantes, le pouvoir s'adoucit.
II
Une grand'mère.
Nouveaux impôts. — Mécontentement du peuple. — Conquête de la Lorraine. — L'ombre du connétable. — Défaite du duc à Granson. — Fortune lui tourne le dos. — Bataille de Morat. — Hemlink ou Memlink. — Mariage d'Arnout Adorne. — Agnès Adorne. — Renouvellement des Magistrats.
L'administration qui venait d'achever son terme léguait à celle dont notre chevalier faisait partie une tâche fâcheuse. Des subsides avaient été votés, il fallait y pourvoir par des taxes nouvelles. On prit du moins une précaution qui pourrait sembler superflue, tant la chose était naturelle, mais qui devait prévenir sinon des abus, au moins d'injustes soupçons: il fut décidé que les particuliers chargés de la recette ne pourraient être de la Loi. Le peuple n'en trouva pas moins l'impôt peu de son goût et éclata en murmures.
C'était un bien pour Bruges, beaucoup plus que pour le sire de Corthuy, à qui le souvenir de cette émotion a pu nuire, que les fonctions de bourgmestre de la commune fussent alors exercées par un homme qui pût faire servir son influence et la considération dont il jouissait, à maintenir la tranquillité sans qu'il fût besoin de recourir à des mesures sévères. Le calme fut bientôt rétabli et toute l'attention se porta sur ce qui se passait au dehors.
Les événements se pressaient ainsi que dans les dernières scènes d'un drame. Un moment la fortune paraît encore sourire au duc de Bourgogne comme pour l'entraîner plus sûrement à sa perte: une trêve avec Louis XI lui permet de se jeter sur la Lorraine et de s'en rendre maître.