Pour ce qui est de la qualité de la grège produite à Brousse, la presque disparition des races indigènes a été fort préjudiciable. Depuis que les cocons japonais prennent une si grande part dans la fabrication de la soie de Brousse, la qualité de celle-ci a subi une dépréciation très sensible et elle ne jouit plus aujourd’hui des privilèges qui lui étaient acquis, il y a une quinzaine d’années, sur les marchés de consommation en Europe.

Les industriels du pays, les plus directement intéressés dans la question, semblent avoir compris que ce mouvement rétrograde du mérite de leur produit ne s’arrêtera point là ; livrés à leurs propres ressources, ils se trouvent dans l’impossibilité de prendre la moindre initiative de nature à remédier à l’état actuel des choses.

D’autre part, la crise permanente à laquelle le commerce de la soie est sujet depuis plusieurs années et qui maintient la grège aux plus bas prix où elle ait été, est une autre source de découragement pour les industriels de ce pays, qui se trouvent aujourd’hui plus démoralisés que les éducateurs eux-mêmes.

Dans ces conditions, on conçoit facilement que les quelques tentatives faites pour introduire à Brousse de la graine saine confectionnée en France d’après le système Pasteur, soient restées sans effet, malgré les grands avantages pouvant découler de cette importation dans l’état présent de la sériciculture locale.

Diverses maisons françaises s’occupant de grainages d’après le système Pasteur, les premières arrivées dans cette partie de l’Asie-Mineure, doivent leur insuccès aux considérations qui précèdent.

Un sériciculteur expérimenté et connaissant la situation véritable du pays est parvenu à faire adopter les graines Pasteur dans quelques régions séricicoles du vilayet, en commençant par les distribuer à produit au lieu de chercher à les vendre contre espèces.

Une maison de Constantinople vient également de distribuer, à peu près dans les mêmes conditions, aux environs de Brousse une petite quantité (50 kilos environ) de la graine faite en France d’après le même procédé.

Ces essais ont donné les meilleurs résultats possibles comme production ; malheureusement, vu l’étendue séricicole de la province, ils ont été faits sur une trop petite échelle, et c’est à peine si quelques contrées environnant le chef-lieu du vilayet — mises à même de reconnaître la supériorité de ces graines — commencent à les employer de préférence à toute autre semence. Dans l’intérieur du pays, c’est-à-dire dans les régions essentiellement séricicoles, on ignore encore complètement la découverte de M. Pasteur.

La généralisation de l’emploi des graines Pasteur dans la province de Hudavendighiar ne serait certainement pas sans profit pour les spécialistes français qui chercheraient à l’entreprendre. Toutefois il faudrait, pour qu’une semblable spéculation pût réussir, se contenter pour une période de deux années au moins, — et c’est là une condition sine qua non, — de distribuer la graine aux paysans à produit. Le système introduit de la sorte nécessiterait sans doute quelques sacrifices au début, mais il donnerait infailliblement de beaux résultats une fois adopté d’une façon générale, ce qui ne peut être mis en doute, étant donnée l’efficacité aujourd’hui bien établie du système Pasteur.

IV
LA RÉCOLTE SÉRICICOLE DE 1880-81