L’augmentation des déchets de soie, dans la proportion actuellement existante, est la preuve la plus manifeste que l’on puisse donner à l’appui de la décadence des races de cocons dans ce pays. Car il est avéré que lorsque les cocons produits sont sains, c’est-à-dire de qualité supérieure, la plus grande partie de la matière soyeuse dont ils se composent pouvant être convertie en soie, il y a peu de déchets ; tandis que les années où les cocons obtenus sont de qualité inférieure, soit que l’éducation des vers ait été par trop contrariée à la suite d’intempéries pendant la période délicate de l’élevage, soit que la quantité générale de la graine mise à l’éclosion ait été infectée à un degré plus ou moins grand, ce qui est ici l’effet du hasard, la quantité des déchets produits accuse immédiatement une augmentation très sensible.
Voici le relevé approximatif des déchets de soie qui ont été exportés, durant la campagne 1880-81, pour le marché de Marseille presque exclusivement :
| Qualités | Quantités en kil. | Valeur en fr. |
| Frison blanc, vert et jaune | 36,000 | 432,000 |
| Doupion fin et ferme | 5,000 | 80,000 |
| Bourre de soie | 3,000 | 30,000 |
| Cocons percés mélangés | 75,000 | 337,500 |
| Chiques, piqués, ratis et rouillés | 37,500 | 150,000 |
| Cocons doubles (par exception) | 5,000 | 20,000 |
| Frisonnets crus et cuits | 30,000 | 45,000 |
| Bassinets et crapauds | 300,000 | 450,000 |
| 491,500 | 1,544,500 |
En comparaison des cours actuels de la soie, la valeur de ces diverses qualités de déchet se trouve disproportionnellement élevée. Ainsi l’article frison étant coté 22 francs le kilogramme au moment où la grège de Brousse valait 145 francs le kilogramme, en 1868, ne devrait valoir que 9 francs 60 le kilogramme, du moment que le coût de la soie est réduit à 63 francs. On paye les frisons 12 et même 13 francs. Cette disproportion qui existe, dans des limites plus accentuées, sur presque tous les autres déchets, explique la valeur acquise par certains débris de soie dont on ne se préoccupait pas avant cet état de choses.
Le commerce de la soie se fait à Brousse sur ocque qui représente 1225 grammes, et par livre turque, qui équivaut en moyenne à 23 francs. Le cours de change de cette monnaie dont le marché régulateur est Constantinople, varie de 22 fr. 80 à 23 fr. 70, ce dont il faut tenir compte dans le coût des achats.
Le commerce des cocons et des déchets de soie se fait aussi sur ocques, mais par piastres. Actuellement 108 piastres valent une livre turque. Ce taux varie également suivant la prime que l’or acquiert sur les diverses espèces de monnaie argent ou cuivre du pays.
Le gouvernement turc perçoit, à la vente des cocons sur les divers marchés du vilayet, un droit de 10 et demi % que le producteur supporte comme dîme.
Ce droit est perçu par l’administration des six contributions indirectes dont les revenus sont concédés à un groupe de banquiers de Constantinople.
La soie provenant des cocons qui ont acquitté la dîme de 10 et demi %, paye au moment de l’exportation à l’étranger un droit fixe de 1 % que l’administration des douanes encaisse en évaluant la soie grège au prix invariable de 217 ½ piastres l’ocque (39 francs le kilog.). Les cocons exportés à l’état brut payent, outre la dîme, le même droit fixe de 1 % sur la base d’estimation de 74 ½ piastres l’ocque (13 fr. 35 le kilog.). — Les déchets exportés sont taxés ad valorem.