C’est à Ouchak surtout que se fabriquent les tapis à haute laine. Les femmes turques s’en occupent presque seules. Il n’a été permis que depuis quelques années aux femmes grecques de tisser des tapis à haute laine ; par contre, les femmes grecques fabriquent exclusivement cet autre produit à double face, appelé dans le pays Kilim grec.

Les procédés de fabrication sont simples et faciles : un grand châssis posé verticalement porte dans le haut un cylindre en bois sur lequel on passe la chaîne, qui est tendue par une traverse également en bois. A la partie inférieure de ce châssis, un autre cylindre reçoit le tapis à mesure qu’il est exécuté.

Les ouvrières sont assises devant le cadre qui porte la chaîne. Pour composer le dessin elles prennent les fils de laine teinte et préparés d’avance et les nouent à la chaîne par des nœuds coulants. Elles passent ensuite la trame à la main, serrent les nœuds avec un grand peigne de bois et enfin nivellent la partie tissée avec des ciseaux. Tout ce travail est exécuté avec une dextérité et une précision incroyables.

D’ordinaire, chaque ouvrière n’exécute que la partie du dessin qui lui est assignée. Aussi connaît-elle de mémoire le nombre des fils qu’elle doit employer et n’est-elle jamais indécise pour composer une nuance. Mais quand il s’agit d’exécuter un nouveau dessin, on choisit l’ouvrière la plus experte, pour composer sur le croquis qui lui est soumis un modèle qu’elle livre ensuite aux autres femmes qui doivent tisser le tapis. Ces dernières se servent de l’envers du modèle pour en compter les points et confectionner la pièce voulue. Avec cette méthode de fabrication, le tapis ne présente aux regards que les têtes des laines égalisées, sans laisser voir ni la chaîne ni la trame. La durée de pareils tapis est indéfinie.

On compte à Ouchak 2,000 métiers, dont 600 environ sont en activité toute l’année.

La fabrication occupe en moyenne 4,000 ouvrières et ouvriers, soit 3,000 femmes et 500 jeunes filles pour le tissage, et 500 hommes pour le lavage des laines et la teinture.

Le salaire des ouvrières est de 4 fr. à 4 fr. 80 cent. par semaine.

Chaque femme tisse par jour, en moyenne, de 20 à 25 centimètres de longueur, sur 68 centimètres de large.

Pour l’exécution d’un tapis d’environ 4 mètres de large, on emploie ordinairement six femmes, qui travaillent à 68 centimètres environ les unes des autres.

II
MAISONS DE OUCHAK. — PRIX MOYENS. — LE COMMERCE GÉNÉRAL. — LES DESSINS