Voici, en effet, quelques détails, tout à fait topiques, que nous trouvons dans une lettre écrite par un arménien, sujet raya, commerçant actif, intelligent et capable de se tirer d’affaire, par ses propres ressources, partout, même en Turquie :

« Munis du matériel nécessaire, tel que locomobiles, pompes accessoires, ainsi que d’une autorisation en règle nous nous sommes rendus, au nom de notre compagnie, sur les lieux d’extraction, à quelques heures d’Eski-Cheir.

» Avec beaucoup de difficultés nous sommes parvenus à disposer le matériel sans rencontrer d’opposition de qui que ce fût.

» Mais, aussitôt que les pompes commencèrent à fonctionner, une vingtaine de paysans, excités sans nul doute par des personnages influents et intrigants d’Eski-Cheir, sont venus, en armes, à notre campement, en nous sommant d’abandonner nos travaux et en nous menaçant.

» Après avoir acquis la certitude que, tous nos hommes étant bien armés, nous étions résolus à nous défendre énergiquement, ces émissaires sont rentrés à Eski-Cheir.

» Là, ils ont déposé à l’autorité locale une plainte, naturellement appuyée par les personnes influentes précitées, plainte que le mutessarif a prise, naturellement aussi, en considération.

» Une escouade de zaptiés a été tout de suite envoyée sur les lieux, où, après avoir pris la décision d’en référer à Brousse et à Constantinople, nous avions abandonné tout le matériel. La garde de ce matériel a été confiée aux zaptiés qui ont, nous a-t-on dit, empêché les paysans de le détruire, sans doute parce que, au nombre de nos associés, se trouvent deux arméniens, protégés autrichiens.

» C’est peut-être ce seul fait qui nous fera obtenir légitime réparation et gain de cause. »

Par tout ce qui précède on voit que ces mines d’écume de mer, les plus belles et les plus riches connues, sont dans un état d’exploitation tout à fait inférieur[11].

Il est incontestable que si une compagnie européenne obtenait la concession totale de ces mines, leur mise en valeur doublerait immédiatement, et le gouvernement turc y trouverait un profit très notable.

[11] D’autres gisements d’écume de mer se trouvent également à Kiltshick, à deux lieues de Konieh. — Il en existe aussi près de Sébastopol et de Kaffa, en Crimée, près d’Egribos, dans l’île de Négrepont, et en Carinthie : mais ces derniers gisements produisent une écume de mer moins compacte que celle d’Asie-Mineure.

L’écume de mer est une variété du minéral connu sous le nom de magnésite.

Elle est composée de :

Magnésie27,80
Silice60,87
Eau11,27
Oxyde de fer0,09

Sa densité varie de 1,27 à 1,60.

CHAPITRE V
L’AGRICULTURE