CHAPITRE VI
LA MINOTERIE

Les moulins à Brousse. — Les blés et les farines du vilayet. — Les moulins turcs dans l’intérieur.

I
LES MOULINS A BROUSSE

Les premiers moulins français ont été construits à Brousse en 1851 et 1855. Mais il ne paraît point qu’ils aient donné tout de suite les résultats qu’en attendaient les créateurs.

Ces moulins, en effet, n’avaient de français que les meules que l’on faisait venir de la Ferté-sous-Jouarre. A proprement parler, c’étaient des moulins turcs perfectionnés ; c’est-à-dire que l’on avait des meules françaises et des bluteurs sans aucun système particulier de nettoyage. On avait conservé le système turc, très défectueux, insuffisant pour enlever des blés les petites graines, la terre, les pierres.

Ali-Pacha, gendre du sultan Mahmoud, gouverneur général de Brousse, homme actif et industrieux, fit construire en 1855, d’après les modèles européens, un grand et beau moulin qui fonctionne encore aujourd’hui, mais qui, par suite du rappel du Pacha, n’a pu recevoir les dernières améliorations.

Malgré l’installation de ces moulins sur le mode européen, on ne parvenait point cependant à faire de belles farines. Les bons meuniers manquaient.

C’est à un Français, proscrit du 2 Décembre, A. Roche, maître meunier dans le Vaucluse, que Brousse est redevable des belles farines qui sortent aujourd’hui de ses moulins.

Roche, après avoir établi un lavoir et un séchoir, parvint sans peine à remplacer la farine de mychasla employée jusqu’alors pour la confection des pâtisseries à la turque. Cette farine ne s’obtenait auparavant qu’en triturant le blé après l’avoir fait fermenter pendant plusieurs jours, système très long et très coûteux.

Depuis cette époque, on a monté plusieurs autres moulins à l’européenne, et maintenant tous les meuniers font d’assez belles farines.