En 1875, 30,000 livres auraient amplement suffi pour livrer la ligne à l’exploitation, ce qui aurait porté le coût kilométrique à 122,666 francs.

Depuis six années cette ligne est abandonnée, et aujourd’hui on estime qu’il faudrait 100,000 livres turques pour la livrer à l’exploitation.

Si l’on ajoute aux195,000livres turques.
déjà dépensées, la dépense à faire pour la mise en exploitation,100,000  —
plus l’intérêt des 195,000 L. T. à 12 p. 100 l’an, taux légal, depuis six ans, soit140,400  —
on arrive au total de435,400livres turques,

ce qui représente le chiffre fabuleux, mais exact, de 238,491 francs par kilomètre au lieu de 90,000 que cela aurait pu coûter.

Le gouvernement ne pouvant disposer des fonds nécessaires pour terminer sa ligne et se refusant à la céder à qui que ce soit, cette ligne restera indéfiniment abandonnée ; la rouille détruira les cinq machines qui se trouvent à la gare provisoire de Moudania, les traverses pourriront ou seront emportées ainsi que les rails par les paysans pour le chauffage ou la construction des maisons.

Voilà donc en réalité une somme de quatre millions six cent mille francs, gaspillée, dispersée en pure perte.

Cette ligne benoîton de Moudania à Brousse, qui existe, mais que l’on ne voit jamais, est un peu le type de tous les grands travaux que la Turquie devait créer et pour lesquels elle a si largement sollicité les capitaux européens.

IV
LA POSTE DANS L’INTÉRIEUR

Avec des voies de communications si rares et aussi difficiles on doit se faire une idée assez exacte de la lenteur des communications postales.

La poste met trente-cinq jours pour se rendre de Constantinople à Bagdad, pour traverser la Turquie d’Asie ; trente-cinq jours sans arrêt aucun, même la nuit ! Et encore n’est-ce là qu’une durée minima.