De toute la grande ligne projetée entre la mer de Marmara et le golfe Persique, et qui, partant de Moudania, doit passer à Brousse, Biledjik, Eski-Cheir, Kutahia, Kara-Hissar, Konieh, Adana, Haleb, Bagdad et Bassorah, un seul tronçon, 42 kilomètres, a été construit entre Moudania et Brousse. Encore n’a-t-il jamais été mis en exploitation.

Les péripéties qu’a subies cette construction constituent une page assez curieuse de l’histoire des chemins de fer en Turquie d’Asie et méritent d’être narrées. Elles montreront mieux que tous les commentaires les difficultés qui président en Orient à la réalisation de toutes les entreprises sérieuses.

Cette ligne, à l’écartement de 1m,10, fut commencée en 1873. Les terrassements et ouvrages d’art furent exécutés en régie sous la surveillance d’une commission militaire.

Le mètre cube de terrassement que les entrepreneurs offraient d’exécuter à 8 piastres en a coûté 28 au gouvernement. Les ouvrages d’art qui ont coûté des prix énormes sont tous à refaire, la commission militaire qui les a fait exécuter ayant en effet employé des matériaux de mauvaise qualité, notamment des briques incuites qui n’ont pu résister aux intempéries des premiers hivers.

Au mois d’avril 1874, les travaux de terrassements et ouvrages d’art étant terminés, le ministre des Travaux publics, alors Edhem Pacha, confia à deux entrepreneurs français, MM. Laporte et Miribel, la pose et le ballastage de la voie et le parachèvement de la ligne.

Les travaux furent alors repris et poussés avec activité. Mais bientôt le gouvernement suspendit les paiements et les entrepreneurs se virent forcés d’arrêter les travaux.

A cette époque, c’est-à-dire en mai 1875, plusieurs maisons de banque indigènes et françaises firent des propositions au gouvernement pour terminer la ligne et désintéresser les entrepreneurs ; mais leurs offres furent repoussées.

Vers la fin de 1879, une maison bien connue de Constantinople demanda au gouvernement la concession de cette ligne. Sa proposition fut prise en considération par le ministre des Travaux publics et finalement acceptée. Le cahier des charges fut approuvé et toutes les pièces relatives à cette affaire furent envoyées à la Porte pour recevoir la sanction impériale. On l’attend encore.

Le Trésor aurait cependant intérêt à rentrer dans une partie tout au moins de ses déboursés.

La dépense faite par le gouvernement sur cette ligne s’élève en effet à plus de 185,000 livres turques. De plus, les entrepreneurs Laporte et Miribel ont obtenu des jugements qui les reconnaissent comme créanciers du Trésor pour une somme de 10,000 livres turques environ. Ce qui porte la dépense totale à plus de 195,000 livres turques.