Le convoi s’approche. On saisit plus distinctement les longs aou ! aou ! guarda ! guarda ! que jette aux échos, tour à tour, chaque cavalier, cris qui permettent de constater que nul ne s’est endormi sur son cheval.
Le voici. Ce n’est tout d’abord qu’un tourbillon de poussière. On ne distingue bêtes et gens qu’au moment précis où ils passent devant vous.
D’abord l’avant-garde : six zaptiés avec sabres, revolvers et le winchester chargé, passé sous la jambe gauche et maintenu par le pommeau de la selle.
A vingt mètres en arrière le convoi : les chevaux sont attachés par quatre de front, et un surudji conduit chacune de ces rangées, qui quelquefois sont au nombre de huit ou dix ; chaque cheval porte à droite et à gauche deux, trois, quatre sacs solidement fixés par des cordes ; ceux qui portent les groups d’argent, d’or, de valeurs diverses, sont placés en arrière sous la protection immédiate d’une autre escouade de six zaptiés.
Enfin le Tatar, chef suprême du convoi. Il porte le vieux costume turc, la petite veste brodée, la culotte bouffante, les gros bas de laine qui lui servent de guêtres et les tchareks en cuir ; sa large ceinture de couleur qui lui couvre la moitié de la poitrine laisse passer les poignées et les pointes des yatagans, les crosses des pistolets, la pincette à feu ; il porte son winchester en bandoulière ; pour coiffure, le fez turc enveloppé d’une longue couffieh, foulard aux couleurs étincelantes et multicolores, dont les glands de soie viennent se jouer au hasard sur les robustes épaules du Tatar. Monté sur le meilleur cheval, assis commodément sur sa haute et large selle circassienne, il surveille le convoi, et, tout en fumant force cigarettes, il ne perd de vue ni un sac, ni une bête, ni un homme.
Tout cela passe comme une trombe en soulevant des nuages de poussière ; on dirait une troupe de diables qui courent en vociférant. Mais il y a là un cachet, une originalité propres. Quand on rencontre cette poste turque, qui pendant plus d’un mois traverse sans s’arrêter, jour et nuit, toute la Turquie d’Asie, on se sent bien loin de l’uniformité banale et ennuyeuse des pays d’Europe. Ici tout se meut, tout agit sous sa propre responsabilité ; la vie de chacun étant, à chaque instant, en jeu, sa valeur est décuplée ; l’homme ressort sous son véritable aspect avec toutes les forces et toutes les ressources que la nature met si généreusement à sa disposition et que l’excès de civilisation tend continuellement à amoindrir.
CHAPITRE IX
LES PRINCIPALES PRODUCTIONS. — LES MINES. — LES INDUSTRIES DIVERSES
I
L’OPIUM. — LES OLIVES. — LE COTON
Parmi les principales productions du vilayet (en dehors des vins, des soies, des tapis, dont nous avons parlé séparément dans les chapitres précédents), il faut citer le tabac, l’opium, le haschich, la scammonée, les olives, etc…