Les bains se trouvent à deux et trois kilomètres au plus de la ville.
Leur disposition générale est celle des bains turco-romains, mais sans étuves sèches. La chaleur qui s’y développe est naturelle ; c’est celle de l’eau, et elle est ramenée, suivant les salles, à la température voulue.
Malheureusement ces bains, qui pourraient devenir pour Brousse une véritable richesse, sont dans un état de délabrement qui fait peine à voir et mal entretenus au possible. Si l’on ajoute à cela les difficultés de communications entre Brousse et Constantinople, le mauvais service des vapeurs privilégiés de la compagnie Mahoussé qui vont de la Corne d’Or à Moudania, le manque, et par suite l’élévation des prix, des véhicules entre Moudania et Brousse, on comprendra pourquoi, malgré leur efficacité réelle pour la guérison de certaines maladies, ces bains sont relativement aussi peu fréquentés.
Nul doute cependant qu’un jour viendra où des spéculateurs audacieux et intelligents chercheront à faire de Brousse une véritable station balnéaire et sauront y réunir le confort européen au kief oriental. Ce jour-là Brousse sera à Constantinople ce que Nice est à Paris, mais avec des proportions plus considérables, car, du même coup, ce lieu de plaisir deviendra un grand centre d’affaires, étant donné que Brousse est pour ainsi dire l’avant-garde de la riche Anatolie.
Voici l’énumération et la description succincte des principaux bains existant actuellement et qui, malheureusement, subsisteront dans le même état, sans modifications, peut-être pendant longtemps encore.
Yeni-Kaploudja. — Un des plus grands bains de Brousse, construit antérieurement à l’an 767 de l’hégire par Tchéal-Zadé Rassim Pacha, gendre de Soliman II.
Ce bain se compose de trois grandes salles avec coupoles.
La première salle, la plus vaste, reçoit le jour par deux coupoles. C’est la salle qui renferme les couchettes. La température y reste moyenne. Au centre se trouve un bassin à eau froide, eau bonne à boire. Au fond, une estrade sur laquelle s’ouvrent des chambres particulières avec vue sur la plaine.
La seconde salle, à température tiède, est l’avant-salle des bains proprement dits.
La troisième est le bain même. La température y est réglée au moyen des globes de verre de la coupole suivant le degré de chaleur de l’eau. Cette salle entièrement ronde renferme au centre une vaste piscine de 10 mètres de diamètre, qui reçoit par un large conduit l’eau sortant chaude de la source. De très vieilles faïences persanes, bleu tendre, admirablement conservées, malgré les émanations sulfureuses, ornent jusqu’à hauteur d’homme les parois de cette salle. Quatre petites pièces, éclairées également chacune par une petite coupole, prennent accès dans la salle de bain. Elles sont aussi ornées de vieilles faïences. C’est là que s’opère le massage.