Elle tire, et la crosse du fusil de l’Albanais est brisée par la balle.
— Officier, prends garde à ton bras droit !
Elle tire de nouveau, le soldat tombe le bras fracassé…, et ses hommes se dispersent…
La lassitude cependant finit seule par avoir raison de Psitchi Osman. Il sollicita sa grâce, aux conditions ordinaires, c’est-à-dire la vie sauve et la liberté. On les lui accorda. Depuis ce moment ils vivent heureux et tranquilles, sa femme et lui, dans un grand tchifflik non loin de Balouk-Essir. Ce sont maintenant les plus honnêtes gens du monde !
J’ai tenu à laisser à ces récits leur naïveté et leur couleur locale. Je les donne tels que je les ai maintes fois entendu raconter. Au lecteur le soin d’en tirer les réflexions et la moralité.
CHAPITRE VI
LE SOLDAT TURC
Il n’est point rare de rencontrer sur les routes des bandes de dix ou quinze paysans turcs, grands gaillards bien découplés, marchant d’un pas délibéré, sans autre bagage qu’une petite sacoche renfermant quelques croûtes de pain, une poignée de riz ou de maïs, un concombre ; retenu par une courroie pend sous leur aisselle gauche un petit étui de cuir dans lequel se trouvent les quelques papiers qui peuvent constituer leur état civil ou la demi-douzaine de piastres qui représente tout leur avoir ; un long bâton à la main ils s’avancent en chantant des mélopées sur un rythme doux et plaintif ; souvent l’un d’eux marche en tête et accompagne ces chants en tirant des accords stridents d’une guitare à trois cordes de cuivre.
Voyez-les passer. Ils n’ont l’air ni heureux, ni malheureux. Ils semblent indifférents à ce qui les environne. Et cependant leurs vêtements en lambeaux, tout maculés de boue et couverts de poussière, attestent une route poursuivie déjà longue. Nul ne se plaint toutefois.
Ce sont là des rédifs. Ce sont les recrues qui vont à Stamboul rejoindre leur régiment. Et quelquefois ces gens qui défilent ainsi devant vous, sans fatigue apparente, arrivent du fond de la Turquie d’Asie ! ils sont déjà depuis près de deux mois en route !