Tout ici est régulier, méthodique, d’une bonne entente, d’une mathématique parfaite dans l’art de répartir proportionnellement les richesses.
Il n’en est point de même quand Psitchi Osman trouve sous sa main de riches et orgueilleux propriétaires, ou bien des fonctionnaires publics. Ce n’est plus alors pour assurer son existence et celle de sa bande qu’il agit ; ce n’est plus l’intérêt qui parle, c’est la vengeance qui commande.
Un jour, il s’empare d’un effendi qui allait constater un décès dans un village. Le zaptié d’escorte, arrêté également, se lamentait sur la misère qui allait atteindre sa famille. Psitchi Osman donna l’ordre de le relâcher ; et, lui mettant cinq livres turques dans la main, il lui dit : — Achète du pain à tes enfants. Je ne puis en vouloir au misérable qui, par nécessité, est obligé de faire ton métier.
Quant au malheureux fonctionnaire tombé en son pouvoir, il le fit dépouiller de ses vêtements et de ses babouches, et il l’obligea à marcher, pendant six longues heures, absolument nu, — nu comme Hassan sur son divan, — à travers les buissons de ronces et d’épines. Puis, à la nuit, il le fit charger sur un mulet et déposer au seuil de sa maison dans Balouk-Essir. Quand le lendemain, au lever du jour, les passants rencontrèrent l’effendi, il était, par suite du supplice des ronces et des épines, « enflé comme un tonneau, » disent les gens du pays. Il mourut trois jours après.
Un bandit, alors prisonnier à Smyrne, qui auparavant avait connu Psitchi Osman, s’offrit à diriger une expédition pour le prendre, à condition qu’en cas de réussite on lui accorderait sa grâce. Mais c’est lui qui fut pris. Osman lui fit couper le nez, les oreilles et les doigts ; il lui fit arracher des lambeaux de peau sur la nuque et, sur les plaies vives, fit répandre de l’alcool. Puis il le renvoya à la ville, où l’autre expira en arrivant.
On envoya contre cet insaisissable bandit un détachement des troupes impériales. Les troupes furent battues et obligées de s’enfuir.
Un officier albanais sollicita l’honneur de marcher contre lui. Il organisa une bande d’hommes résolus, et se rendit à sa rencontre. Enfin, il parvient à l’atteindre et à le cerner. Mais à peine est-il à portée de fusil qu’il voit s’avancer vers lui, à découvert, la femme turque qui s’est faite volontairement la compagne de Psitchi Osman.
— Officier, qu’es-tu venu faire ici ? lui crie-t-elle en armant son fusil.
— Vous prendre tous, brigands ! répond-il. Il vise la femme. Le coup part. Elle n’est pas touchée.
— Officier, prends garde à ta crosse ! crie la femme.