Sous ses apparences paisibles et timides, Psitchi Osman cachait non seulement une force herculéenne mais aussi il dissimulait un esprit actif et fertile en expédients. Aussi ne tarda-t-il point à se sauver de la prison.

Tout de suite, il sollicite sa grâce. Le Pacha, en raison de ses excellents antécédents, la lui accorde.

Le cordonnier revient à Balouk-Essir. Il reprend son travail, et la clientèle réapparaît plus nombreuse qu’auparavant. Nouvelle jalousie des confrères. Nouvelle cabale. Nouvelle bataille. Nouvelle entrée en prison. Nouvelle fuite.

Sa femme, qui le trompait avec un autre cordonnier, dénonce sa retraite. Les zaptiés s’emparent de lui. Pour la troisième fois on le jette en prison. Mais aussi, pour la troisième fois, il parvient, deux mois après, à s’évader.

Une fois libre, son premier soin est de rechercher sa femme. Il la trouve, il lui coupe le cou, et, sa vengeance satisfaite, il se rend dans la montagne.

Aussitôt qu’il a pu réunir un peu d’argent, il appelle autour de lui les hommes de bonne volonté, il organise une bande et l’arme de bons et solides fusils Martini. Puis, pour remplacer la femme traître qu’il a tuée, il cherche une compagne ; il finit par trouver une turque, à l’âme aventureuse, une vraie gaillarde, qui consent à partager la dure vie qu’il va mener.

Et maintenant que la troupe est au complet, en avant !

Mais Psitchi Osman, qui ne s’est fait chef de brigands que par suite d’une longue série d’attaques imméritées, qui n’a à venger que ce qu’il considère comme des injustices à son égard, ne s’en prend pas indifféremment à toutes les classes de la société.

Pour lui le pauvre restera toujours digne de respect. Il le protégera, le défendra au besoin et ira même, si, par hasard, il arrête un misérable dont toute la fortune consiste en un medjidjé, à lui en donner quatre autres pour parfaire la livre turque ! C’est le type du bandit bienfaisant pour ceux qui n’ont rien.

S’il rencontre un voyageur qui possède plus d’une livre, il partage avec lui. Au-dessus de cinq livres il prend la totalité.