L’entretien porta ensuite sur les réformes à opérer dans l’armée, et le Sultan assura aux officiers qu’ils auraient toujours accès au palais et jouiraient de sa protection spéciale.

Il fut un temps, hélas ! qui n’est pas encore très éloigné, où l’influence française prédominait dans les conseils de la Sublime Porte, où nos officiers étaient bien reçus, écoutés, où nous aurions pu avec un peu d’habileté et d’énergie obtenir pour nous-mêmes cette mission que l’Allemagne vient d’enlever haut la main, et alors, assurant notre influence sur le soldat turc si brave et si facilement maniable, affermir solidement par cela même notre prépondérance sur la nation tout entière[6].

[6] « Le soldat turc a de grandes vertus militaires. Le jour où on lui donnerait pour le commander des officiers instruits et sensibles au point d’honneur, il pourrait étonner encore le monde. Ce qui manque à l’armée ottomane ce ne sont pas les soldats, ce ne sont même pas les généraux, c’est l’officier subalterne. »

Amiral Jurien de la Gravière. La Marine d’aujourd’hui.

Pourquoi faut-il que l’impéritie de quelques diplomates, — plus préoccupés de leurs intérêts personnels et de leur avenir, que soucieux de l’honneur et du prestige de la patrie, — nous ait fait non seulement perdre ce que nous avions depuis longtemps acquis d’influence dans le Levant, mais nous ait de plus laissé abandonner à ceux qui furent nos ennemis, — et qui le seront peut-être demain, — le soin d’organiser, sur le mode prussien, les armées de notre alliée par tradition et par intérêt ?

CHAPITRE VII
LES INCENDIES

Au feu ! — Fréquence des incendies. — Indifférence des habitants. — Les coffres turcs. — Simplification du déménagement. — Les pompiers du comte Schekenyi. — Les toulombadji. — Les incendies en Asie. — Le feu hygiénique. — Les communautés et leurs pompes. — Un incendie à Brousse. — Comment on sonne le tocsin. — Les cafés. — Où un pacha administre à ses sujets une volée de coups de bâton. — Tentative de révolte des prisonniers.

Ianghen var ! Atech var ! Au feu ! Au feu !

Quand ce cri sinistre se fait entendre, il n’est pas un seul habitant européen, musulman ou raia qui ne se lève en sursaut, coure sur le seuil de sa porte et ne cherche à se rendre compte par lui-même de la situation et de l’importance exacte de l’incendie.

Car en Turquie, et surtout en Asie, il ne faut, dans cette circonstance, compter que sur soi-même, je ne dirai pas pour sauver sa maison, — car il n’y a pas d’exemple ici qu’une maison atteinte par le feu ait jamais été sauvée, — mais simplement pour parvenir à mettre à l’abri, et des flammes et des voleurs, les menus objets auxquels on attache intérêt ou souvenir.