J’ai l’honneur d’appeler votre bienveillante attention sur la mission des sœurs de Charité établie à Brousse. J’ai été à même, pendant le séjour que j’ai fait dans le vilayet de Hudavendighiar, de constater les réels services que cette mission rend à la France, en propageant notre langue parmi les populations raias.

L’établissement des sœurs à Brousse, qui a eu des commencements difficiles et une période d’interruption après le tremblement de terre de 1855, est loin d’être riche ; sa prospérité est toute morale.

Les sœurs sont cependant parvenues, au prix de sacrifices provenant de l’initiative privée, à édifier à Brousse une église catholique française. Mais cette église, aujourd’hui définitivement achevée, est, à l’intérieur, dépourvue d’ornements, désavantage qui a son importance en Orient, où toutes les églises des diverses communions chrétiennes (arméniennes ou grecques) sont richement ornées.

Un autre désavantage plus réel encore : le clocher de cette église française est le seul, de tous ceux des églises de Brousse, qui n’a pas encore de cloche, et il est à craindre que les ressources pour se procurer une cloche ne manquent encore longtemps.

Si votre Département, Monsieur le Sous-Secrétaire d’État, pouvait disposer de quelques copies de tableaux religieux, et d’un faible crédit qui permettrait d’acheter une cloche pour l’église de Brousse, il y aurait là, j’en ai la conviction, un réel service à rendre au point de vue du prestige de la colonie française. Veuillez, je vous prie, agréer… — E. D.

IV

Brousse, 5 août 1881.

Monsieur E… D…

Pour subvenir à la construction d’une infirmerie à Brousse, le ministère des affaires étrangères a accordé aux sœurs de Charité de Brousse une somme de 12,000 francs. En remettant cette somme, que l’ambassade m’avait fait tenir, à la sœur L… je n’ai pas manqué de faire comprendre à cette sœur la part active que vous aviez prise dans les démarches qui ont décidé le Département à accorder ce secours exceptionnel.

Hier, j’ai reçu une nouvelle lettre de M. le comte de M… m’annonçant que le ministère de l’instruction publique et des beaux-arts venait d’accorder aux sœurs de Brousse une copie d’un tableau de Raphaël représentant une sainte Famille, et que ce tableau m’allait parvenir bientôt.